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L’ESPACE DE LA LUTTE

Lorsqu’en mars 2020, le gouvernement décidait de confiner la population afin de freiner la propagation du virus du COVID 19, comme dans d’autres pays du monde, il stoppait net aussi les mobilisations qui traversaient la société civile. Le pays, comme d’autres, du Chili à Hong Kong, était en ébullition et tout à coup chacun était sommé de rester chez soi.

Soustraits de l’espace public, plus rien ne semblait plus pouvoir nous arriver… plus de possibilité de trouver sa place, la défendre, la revendiquer. La valeur de ce que Henri Lefebvre, philosophe appelait le «droit à la ville» dans les années 60, nous sautait aux yeux. Notre intériorité, nos désirs et nos manques ont besoin de s’affirmer dans une extériorité : pas un hasard si le premier lieu des revendications est la rue ; pas un hasard si celle-ci est rendue de plus en plus difficile d’accès par les pouvoirs en place : sa conquête est toujours le début d’une victoire pour le droit à être nous mêmes, à nous changer nous-mêmes, notre société et son territoire.
Les films que nous avons choisis font le récit de cette appropriation des lieux par les citoyens, une prise de pouvoir sur ce qui devient l’espace de lutte, mais aussi le lieu de l’affirmation de soi en tant que groupe et en tant qu’individu. Notre programmation démarre par la commémoration des événements de Gênes il y a 20 ans. L’activisme des personnes trans dans la révolution féministe, la réquisition de terres au Brésil et l’occupation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, l’expression des Gilets jaunes et la mise en œuvre d’une mairie sans maire, sont autant de surgissements au grand jour de la possibilité d’un nouveau monde, d’une nouvelle atmosphère.
Ces films font le récit d’engagements politiques qui passent par un engagement concret dans un ici et maintenant et la confrontation physique à la matière du monde (1), localement.

Catherine Bizern

1. Cf. Barbara Stiegler, Du cap aux grèves, Editions Verdier, 2020.