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Festival parlé

Communs, Communes

En partenariat avec le programme doctoral SACRe de l’Université PSL.

Le Festival parlé est un espace critique qui pose la question de la pratique documentaire et de ses spécificités au-delà du cinéma. Il se déroule mercredi 27 mars 2024 au Centre Pompidou (Petite salle).

Bien avant qu’un réseau de luttes locales ne s’oppose à l’appropriation de l’eau par des intérêts particuliers ou qu’une communauté hétéroclite de paysans, militants et simples habitants ne s’organise pour défendre un bocage menacé par la construction d’un aéroport, l’accès à des ressources vitales et la défense d’espaces partagés a constitué l’horizon des communs. Dès la généralisation des enclosures dans l’Angleterre du XVIIe siècle, point de départ d’un processus d’« accumulation primitive » que Marx désignait comme l’origine du capitalisme, et aussi longtemps que des logiques privatives ont prévalu sur l’intérêt collectif, les communs ont été menacés. Leur préservation a pourtant à voir avec nos conditions mêmes d’existence, car ils concernent d’abord les ressources indispensables à notre survie, l’eau, la terre, les forêts, tout le tissu biologique que nous partageons avec les autres vivants.

Par-delà des biens matériels, les communs définissent aussi des relations sociales, celles qui, par exemple, assurent équitablement la gestion collective de ces ressources partagées : communautés d’expérience et de savoirs qui, des jardins partagés aux logiciels libres, des coopératives ouvrières aux fab labs autogérés, inventent une praxis politique à l’échelle d’un collectif. Voilà comment ces expérimentations et ces insurrections concernent aussi bien la politique que l’esthétique, en qualifiant des formes de vie qui engagent tout à la fois l’environnement et la manière de l’habiter, la terre et les moyens de la travailler, la communauté et la façon dont elle se représente et se raconte à elle-même. Car œuvrer à la préservation des communs, c’est aussi faire en commun, transmettre et collectiviser les outils, les savoirs et les pratiques. Dans l’histoire des formes documentaires, ce partage équivaut au souci de pluraliser les regards, collectiviser l’écriture des récits, repenser la logique même de la création afin que l’élaboration importe au moins autant que le résultat. Cela revient à composer avec des désirs divers pour faire en sorte qu’un projet, quelle que soit sa forme, soit aussi l’occasion de se réapproprier des outils pour se représenter et refonder ainsi une communauté d’expérience.

De la cartographie au cinéma et de la philosophie à la militance, la cinquième édition du festival parlé questionne avec « Communs, Communes » un enjeu fondamental des temps présents et à venir. À travers les expériences de communalisation et les luttes de défense des communs, il s’agit d’envisager non seulement les espaces, ressources et histoires que nous partageons, mais aussi les gestes, savoirs et images à même de proposer une alternative radicale aux récits dominants.

La première table ronde, « Formes communes », emprunte son titre à Kristin Ross pour interroger une proposition de Maria Mies, « Pas de communs sans communauté ». Elle s’ancre dans le récit et l’analyse des expériences communalistes, élaborées par des collectifs militants aussi bien qu’à travers des agencements plus éphémères, geste chorégraphique, expérience de tournage ou mobilisation, autant de formes communes qui viennent refonder une communauté non sur une essence de quelque sorte mais sur un faire commun ne dissociant jamais la pensée de l’expérience.

La seconde table ronde, « L’horizon des communs », adopte une perspective à la fois diachronique et synchronique pour ressaisir un phénomène aux échelles et dimensions multiples, à partir de démarches qui croisent le temps long de l’histoire et des paysages avec l’actualité la plus urgente. Gestes cartographiques, formes de l’attention et mises en récit revitalisent les imaginaires collectifs en questionnant les modèles de représentation et de narration en vigueur, depuis la sauvegarde d’une salle de cinéma jusqu’à un protocole de création détournant la commande publique vers la discussion collective.

Alice Leroy


Depuis sa création, le festival parlé accueille les performances, projections et interventions des artistes-chercheurs du programme doctoral SACRe : cette année, Sophie Larger et Lucile Cornet-Richard.


L’ensemble des discussions et des propositions artistiques donne lieu à une publication aux Éditions de l’Œil.