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Pierre Guyotat, le don de soi

Jacques Kébadian
2022 France 111' Français
sam 23
mars
17h00
MK2 Beaubourg
Réserver
©L'atelier documentaire
©L'atelier documentaire

Pierre Guyotat, chez lui, entre 2002 et 2009 : scènes de la vie d’un écrivain. D’abord il range sa bibliothèque : chaque livre est sujet à commentaire, réminiscences, questionnement. Puis on le voit au travail, préparer avec un assistant l’édition de ses Carnets à partir de manuscrits des années 60. On le retrouve enfin dans sa chambre, assis sur son lit, dissertant sur les Rois de France puis élaborant un texte à haute voix, en une captivante auto-dictée. Parce que Pierre Guyotat se donne sans retenue ni fard à l’attention sans artifice de Jacques Kébadian, ce film des plus précieux fait éprouver comme rarement l’intimité d’une vie d’écrivain : sa besogne et sa passion.
(Cyril Neyrat)


Après Guyotat en travail en 2011, vous proposez un second film consacré à l’auteur de Coma, décédé en 2020. Il atteint un rare degré d’intimité avec la personne d’un écrivain, avec son existence singulière et avec son travail – l’invention du texte. Comment accède-t-on à une telle intimité, obtient-on un tel « don de soi » de la part de l’écrivain ?

Pierre Guyotat avait demandé à ma sœur Aïda, artiste peintre, mais aussi devenue au fil de ces années amie de Pierre, de venir écrire sur l’ordinateur la dictée de son nouveau livre Arrière-Fond. Quelques jours après le début de ce travail, ma sœur me dit : « tu devrais venir filmer, c’est vraiment passionnant la manière dont le texte surgit et en même temps tous les à-côtés du texte qui s’écrit, les commentaires sur l’actualité, un questionnement sur cette période de l’adolescence tellement riche en atermoiements autour des questions sexuelles, presque une psychanalyse en direct… ». Pierre est d’accord pour que je trouve ma place dans ce dispositif. Dans la chambre bureau de Pierre, Aïda est hors champ à qui il dicte son texte. J’installe la caméra au fond de la chambre dans l’axe du lit et de la porte ouverte sur le salon d’où parviennent les rumeurs de la ville, pouvant passer du plan d’ensemble pour s’accorder à l’ampleur de ses gestes, au gros plan dans les longs moments où la dictée s’arrête et que nous sommes dans la camera obscura de son cerveau, où les images se forment avant de surgir avec des mots… Je pense que pour arriver à ce degré d’intimité, il a fallu de sa part une grande confiance car en plus du texte qui sera publié, il y a toutes ces analyses et commentaires qui sont enregistrés sans censure aucune. Je commence à tourner le 12 septembre et par alternance jusqu’à fin août, 40 séances de quatre heures sur les 170 qu’Aïda a tapées et qui ont été nécessaires pour mettre le point final. Ce que je décris là peut s’appliquer aussi au premier film Guyotat en travail. Les séances de travail dans le Jura près de la fenêtre ne sont pas filmées de face mais de trois quarts laissant le regard filer sur l’extérieur ; c’est peut-être là l’influence de Robert Bresson qui ne filme jamais « ses modèles » de face… Dans cette partie filmée en août il n’y a plus cette inquiétude que l’on sent dans le nouveau film, car dans le Jura en août Pierre est détendu, le livre est presque terminé et l’inquiétude d’y arriver est derrière lui, il sait que le livre est là, qu’il le tient.

(Entretien avec Cyriel Neyrat, fidmarseille.org, 2022)

sam 23
mars
17h00
MK2 Beaubourg
Réserver
Production :
Jacques Kébadian
Image :
Jacques Kébadian
Son :
Jacques Kébadian
Montage :
Jacques Kébadian
Contact copie :
Raphael Pillosio diffusion@atelier-documentaire.fr

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