Palestine #6

Via Dolorosa

Via Dolorosa

  • Oraib Toukan
  • 2021
  • Palestine, Allemagne
  • 21'
  • Anglais
    • mar 24
    • mars
    • 18h45
    • Saint André des Arts 3
    • Réserver
    • + débat/Q&A
Dans la même séance :
  • © Oraib Toukan
    © Oraib Toukan
  • © Oraib Toukan
    © Oraib Toukan
  •  © Oraib Toukan
    © Oraib Toukan

« En 2014, Ala Younis et moi-même examinions des pellicules abandonnées provenant de deux sites culturels soviétiques désaffectés à Amman. Parmi la propagande et les documents intracommunistes en russe, nous avons trouvé des films palestiniens datant de 1967 à 1969. Certains avaient été tournés par le photographe et cinéaste palestinien Hani Jawharieh avant qu’il ne devienne révolutionnaire. Nous avons donc commencé à nous renseigner. On nous a dit que Jawharieh tournait des actualités pour le ministère jordanien de l’Information et de la Culture pendant la journée et développait des images d’un soulèvement populaire palestinien pendant la nuit dans le cadre d’un collectif du Fatah appelé Palestine Film Unit (PFU). Yasser Arafat se serait un jour caché dans leur chambre noire. Mais plus j’en apprenais sur lui, plus Jawharieh devenait une grande lune suspendue dans mon ciel, qui ne grossissait jamais, peu importe les efforts que je faisais pour m’en approcher. C’est le problème des récits révolutionnaires : la personne qui se cache derrière eux devient obscure. Puis j’ai lu une magnifique élégie écrite par son ami proche, le peintre Vladimir Tamari, aujourd’hui décédé, dans laquelle il se souvient de la main de Jawharieh tendue vers un œuf dans le poulailler derrière sa maison à Shu’fat, Jérusalem, où ils ont tous deux grandi, et de la façon dont « l’œuf semblait d’un blanc éclatant » niché dans la main de Jawharieh, comme s’il le protégeait. En lisant cela, j’ai compris la dignité et le soin que le cinéaste mettait dans ses tendres compositions.

Via Dolorosa repose en quelque sorte là, dans cet œuf. Le film est composé de ces images récupérées. J’essaie de plonger au plus profond des détails complexes qui se cachent derrière ces images – ce qui est difficile, car il n’existait aucune archive et beaucoup ont été détruites – afin de mieux comprendre le regard de Jawharieh. C’est là toute la magnificence du travail avec des archives restaurées, numérisées et tournées en 16 mm. On peut voir tellement plus. Les archives contiennent également des images très difficiles de la guerre de 1967, des images que l’on peut capturer mais que l’on ne peut pas traiter, comme des corps calcinés ou blessés. Après tout, les membres du PFU étaient de jeunes diplômés en cinéma qui étaient rentrés chez eux et avaient soudainement dû faire face à leurs propres pertes, leur propre chagrin et leur propre déplacement. Leurs aspirations artistiques ont également été façonnées par le projet anticolonial, ce qui pourrait expliquer pourquoi leur approche diverge de celle d’un homme comme Harun Farocki, qui, à la même époque, déconseillait les images graphiques dans les témoignages visuels sur la guerre : « Vous fermerez les yeux sur les images, puis vous fermerez les yeux sur le souvenir, puis vous fermerez les yeux sur les faits. » Le film est entrecoupé de commentaires de la chercheuse Nadia Yaqub, qui réfléchit depuis longtemps au cinéma et à la littérature arabes produits dans des conditions violentes et précaires, et à la manière dont ces contextes très locaux influencent la réalisation de films politiques à tendance théorique en Occident, comme ceux de Jean-Luc Godard. »

Oraib Toukan

    • mar 24
    • mars
    • 18h45
    • Saint André des Arts 3
    • Réserver
    • + débat/Q&A
Dans la même séance :
  • Sous-titres : version originale anglaise sous-titrée français
  • Société de production : Oraib Toukan
  • Image : Oraib Toukan
  • Son : Oraib Toukan
  • Montage : Oraib Toukan
  • Musique : Wael Alkak