Le Cinéma est à nous

Cinéma du réel propose à ses spectateurs — occasionnels ou fidèles, professionnels du cinéma ou non — de multiples occasions de se nourrir d’œuvres documentaires qui sont autant de découvertes, de questionnements, de propositions parfois déroutantes, sinon surprenantes. À travers ces films et ces choix de programmation, une conviction s’affirme : « le cinéma est pour nous », il s’adresse à chacun d’entre nous.

Mais envisager le cinéma, en particulier le cinéma documentaire, sous l’angle de sa réception dans un festival ne saurait voiler ce qui se joue aussi au niveau du faire. Le cinéma – peut-être parce qu’il est aussi une création qui mobilise de nombreux savoirs faire, est riche de pratiques participatives, amateurs ou professionnalisantes, qui engagent des hommes et des femmes à rendre compte de leur regard et de leur relation au monde à travers des films ancrés dans leur réalité. Des actions d’éducation à l’image aux stages de réinsertion en passant par des aventures de films collectifs, ces pratiques enrichissent d’expérimentations et d’œuvres toujours très singulières, le cinéma comme bien commun. Le cinéma n’est pas que pour nous, il est aussi à nous.  

Ces actes de création, accompagnés et partagés ou non avec des cinéastes, revêtent des formes multiples : le cinéma devient une “arme d’expression” pour les jeunes immigrés de seconde génération (le Collectif Mohamed) ; une tentative de réponses poétiques et nécessairement singulières à la question “c’est quoi le réel ?” posée lors des ateliers menés par Les yeux de l’Ouïe et dont les films réalisés constituent une série par nature toujours inachevée ; une résistance politique à l’hostilité de l’air du temps qui voudrait réduire l’exercice des droit culturels en détention alors que faire des films est aussi un moyen de (re)faire société. Il est temps d’écouter ce que les participants à ces projet ont à nous dire de ce qui se joue pour eux quand ils s’emparent des outils du cinéma, au-delà des intentions portées par les structures qui les portent.

“Le cinéma est à nous parce qu’il nous permet de circonscrire des espaces de fabrication et d’expérimentation, certes éphémères, fragiles, mais qui, presque par surprise, prennent la forme d’utopies en actes. Ensemble nous créons d’autres espace-temps, pour reprendre notre souffle, pour créer de nouveaux souffles.