Front(s) populaire(s)
Sans doute plus qu’un autre William Burroughs incarne-t-il la rébellion, la marge, le refus. C’est autour de lui que s’orchestre la Nova convention de 1978 à New York. Des images retrouvées tournées par Howard Brookner nous parvient quelque chose de l’énergie subversive, joyeuse et créatrice à laquelle aujourd’hui encore on voudrait se nourrir. Loin de ces figures tutélaires et de cette époque de luttes et d’espoirs que furent les années 70, Coco Tassel a filmé trois femmes artistes qui tentent des chemins singuliers, résistant aux injonctions normatives, tandis qu’à Athènes Daphné Hérétakis se fait la porte-voix d’un appel à la destruction du Parthénon et de tous les sites antiques, manière de résister à l’enlisement du pays dans son patrimoine et au-delà, à celui de nos sociétés contemporaines… Et contre le poids du passé, de la colonisation mais aussi d’une tradition catholique sclérosante, émerge en Irlande sur la scène musicale un courant qui fait percuter le folk avec le punk, le hip hop et la musique contemporaine.
La trajectoire du sculpteur syrien Assem al Basha est profondement liée à l’histoire violente de son pays, depuis ses études en Union soviétique jusqu’à sa fuite du pays, la destruction de ses œuvres par les hommes de Bachaar al-Assad, le meurtre de son frère. Mais son être tout entier est habité par la force de la lumière, des montagnes syriennes. De tout cela naît une œuvre ultime, une œuvre de résistance qui fait réapparaître avec celui du poète ancien Al Maari, le visage clairvoyant de la philosophie arabe. La lutte des hommes est souvent incarnée par une figure emblématique dont l’histoire en devenant légende devient celle de tout un peuple. Dans We People of the Islands, à la trajectoire de Amilcar Cabral, leader de la lutte de libération nationale du Cap Vert et de la Guinée Bissau, viennent se superposer celles d’hommes et de femmes dont la vie tout entière a été celle de ce même combat. Le film raconte aussi un temps où les solidarités panafricaines et au-delà ont vaincu les empires coloniaux occidentaux. Le combat collectif est encore aujourd’hui le fait d’hommes et de femmes qui se dressent contre le pouvoir dans différents pays d’Afrique.
Au Sénégal, Abdou Lahat Fall nous entraîne au cœur du FRAPP, tandis que les élections approchent. Les manifestations se succèdent et les militants sont arrêtés, mais d’autres sont là pour prendre la relève. Depuis près de dix ans, une jeunesse contestataire africaine animée par une même conscience politique prône l’engagement citoyen sur le terrain face aux partis politiques qu’ils disent corrompus, autoritaires et inefficaces.
Cette conscience politique, comment l’exerce-t-on ici et maintenant ? C’est ce que nous donnent à comprendre les deux derniers films de cette sélection. D’un côté le sociologue Geoffroy de Lagasnerie dont la pensée et l’engagement politique se nourrissent et se répondent en actes, de l’autre le collectif d’artistes Faire-part face à un dilemme : leurs films anti-coloniaux ont-ils leur place sur Brussels Airlines ?
Catherine Bizern







