WINDWARD
- 2025
- États-Unis, Canada
- 70'
- Aucun dialogue
Tourné sur l’île de Fogo, Windward dépeint le paysage – ses formations géologiques caractéristiques, son climat et sa beauté austère – au travers de portraits délicats de jeunes gens.
Straub aimait rappeler le regret de D. W. Griffith que le cinéma ait perdu « la beauté du vent qui souffle dans les arbres ». De vent, son titre l’indique, le nouveau film de Sharon Lockhart ne manque pas. Mais pas un arbre à l’horizon. Nous sommes sur les côtes battues par les embruns de Fogo, au large de Terre-Neuve : paysages de roche nue, de lichens, de landes et de tourbières où les bourrasques salées empêchent les arbres de prendre racine.
C’est le second film consécutif que Lockhart tourne sur une île. Dans Eventide, pas de vent mais l’accalmie d’un long plan au crépuscule : des enfants, dispersés sur une grève, fouillent les galets dans l’obscurité. Leur recherche minutieuse s’adosse à un ciel incommensurable ; la lueur de leurs téléphones, tournée vers le sol, répond à l’apparition des étoiles et des météores.
Composé de douze tableaux d’environ cinq minutes, Windward reprend, sur un mode diurne et quotidien, ce même rapport entre un paysage soumis aux éléments et des silhouettes minuscules dont les actions ludiques permettent au regard d’éprouver les reliefs du lieu et les dimensions du plan. Comme souvent chez Lockhart, les protagonistes sont des enfants laissés à leur liberté : l’un manie un cerf-volant, d’autres marchent sur des échasses, fendent une étendue d’herbes hautes ou se baignent dans une mer d’huile au crépuscule.
Cet intérêt pour leurs jeux évoque The Children of Fogo Island, l’un des films participatifs tournés ici par le documentariste canadien Colin Low dans le cadre d’une expérience de développement communautaire passée à la postérité à la fin des années 1960 sous le nom de Fogo Process. Mais chez Lockhart, la co-construction ne passe pas par l’échange de caméras : elle relève plutôt d’un don mutuel, d’une sensibilité partagée. Les règles, les répétitions et les interactions propres au jeu structurent l’espace ; la lenteur, elle, crée les conditions de l’observation. Celle-ci n’a pourtant rien d’un regard distant : elle devient un acte d’attention par lequel le cinéma restitue aux êtres et aux choses filmés la plénitude de leur durée.
Antoine Thirion
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Sharon Lockhart (née en 1964 à Norwood, Massachusetts, États-Unis) réalise des films qui explorent de manière radicale la relation au temps et la politique du regard. À travers des structures temporelles et un cadrage rigoureux, son travail remet en question les hiérarchies conventionnelles entre le spectateur et le sujet, l’artiste et le collaborateur. Ancrés dans des relations à long terme et des processus spécifiques à chaque site, les films de Lockhart cultivent un espace de regard mutuel, où l’observation devient un acte de solidarité et la lenteur une forme de résistance. Dans le travail de Lockhart, le temps n’est pas simplement mesuré, il est habité, partagé et redéfini. Les films de Sharon Lockhart ont reçu de nombreux prix internationaux et ont été présentés dans de nombreux festivals. Elle était en compétition à Cinéma du réel en 2023 avec Eventide.
- Sociétés de production : Shorefast/Fogo Island Arts, The Vega Foundation, The National Gallery of Canada
- Contact Copie : mail@neugerriemschneider.com
- Image : Alex Slade
- Son : Carly Short
- Montage : May Rigler
- Musique : Imaad Wasif