London
- 2026
- Autriche
- 117'
- Allemand, Anglais
Bobby fait des allers-retours entre Vienne et Salzbourg, il prend des inconnus en voiture et discute avec eux de sujets aussi banals que profondément personnels. Dans ce portrait tendre de l’Europe d’aujourd’hui, anonymat et chaleur humaine vont encore de pair.
Le garage qui servait de décor principal au précédent film de Sebastian Brameshuber, Movements of a Nearby Mountain (Grand Prix Cinéma du Réel, 2019), pouvait faire figure de studio, et son propriétaire, d’acteur fabriquant des scènes en même temps qu’il réparait des autos. Tandis que quelques trajets offraient des échappées en forme de travellings, la nature transcontinentale de son commerce de véhicules d’occasion inscrivait le film dans l’horizon plus vaste des échanges économiques mondialisés. Avec London, Brameshuber semble d’abord inverser ce rapport : les promenades en voiture deviennent le centre apparent du film. Mais ce mouvement est trompeur, car elles ont été tournées en studio. La voiture devient ainsi un nouveau dispositif cinématographique, porté par l’illusion de la mobilité.
La relation entre cinéma et promenades automobiles est connue. Qu’on pense à Ten (Kiarostami), The United States of America (Benning et Gordon) ou The Plains (Easteal) : autant d’expériences où l’habitacle organise à la fois la perception du paysage et la circulation de la parole. L’atmosphère dans laquelle baigne la Range Rover de Bobby appartient en revanche pleinement au cinéma de Brameshuber. Un dispositif attentif de caméras, alternant champ-contrechamp et vues à travers le pare-brise, laisse tout l’espace nécessaire à de longs dialogues élaborés à partir d’heures de conversations semi-improvisées avec des non-acteurs. Il en naît une concentration calme, une forme de pensivité attentive où les échanges poussent la réalité vers une lucidité proprement extraordinaire. Peu à peu, l’habitacle devient un abri où l’introspection se mêle à la réflexion et à l’hospitalité — une notion déterminante dans l’espace temporel de l’autoroute, aux deux extrémités desquelles se profilent des idéologies fascistes. Dans un paysage qui encadre autoritairement la perception et organise les flux, les contradictions de l’Europe apparaissent avec une netteté accrue. La voiture, capsule immobile au cœur du mouvement général, agit comme un grain de sable discret mais puissant.
Antoine Thirion
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- Sous-titres : version originale sous-titrée français et anglais
- Société de production : Panama Film
- Société de distribution : Square Eyes
- Contact Copie : Square Eyes / info@squareeyesfilm.com
- Image : Klemens Hufnagl, Patrick Wally
- Son : Matthias Kassmannhuber, Nora Czamler
- Montage : Dane Komljen, Sebastian Brameshuber