Compétition #19

Baisanos

  • Andrés Khamis Giacoman
  • Francisca Khamis Giacoman
  • 2025
  • Chili, Palestine, Espagne
  • 14'
  • Arabe, Espagnol
  • © Andrés Khamis Giacoman, Francisca Khamis Giacoman, MAD
    © Andrés Khamis Giacoman, Francisca Khamis Giacoman, MAD
  • © Andrés Khamis Giacoman _ Francisca Khamis Giacoman _ MAD
    © Andrés Khamis Giacoman _ Francisca Khamis Giacoman _ MAD
  • © Andrés Khamis Giacoman _ Francisca Khamis Giacoman _ MAD
    © Andrés Khamis Giacoman _ Francisca Khamis Giacoman _ MAD

En suivant les Baisanos, supporters passionnés du Club Deportivo Palestino – équipe de football chilienne de première division fondée en 1920 – le film donne à entendre deux narrateurs, qui incarnent respectivement le Chili et la Palestine, et s’interrogent sur l’identité, le sens du retour et les multiples façons d’y parvenir.


Dans les dernières secondes, un frisson parcourt l’échine, celui que provoque l’image, patiemment composée, d’un peuple soudain uni dans la séparation. Elle répond à une autre image, plus ancienne, qui sert de seuil et dont la révélation est différée. La caméra en effleure d’abord la surface, glissant de haut en bas pour en inventorier la matière et quelques fragments – un ciel bleu, des gradins, un ballon, un gant de gardien de but – avant d’en élargir progressivement le champ jusqu’à faire apparaître ses deux figures centrales. L’une porte un maillot aux couleurs de la Palestine ; l’autre, un dishdasha et un keffieh. Il s’agit peut-être d’Oscar Fabbiani et de Manuel Araya, deux des joueurs qui remportèrent la Coupe du Chili en 1978 avec le Palestino, club fondé en 1920 par des exilés palestiniens et souvent décrit au Chili comme leur seconde équipe nationale.

À cette image s’adossent deux voix. Celle d’un ancien responsable du club Thaqafi Tulkarm, en Cisjordanie, y voit « la preuve qu’ils ne nous ont pas oubliés ». Celle de l’écrivaine Lina Meruane y fait entendre une parole inquiète, interrogeant la condition diasporique et la possibilité d’un retour vers un pays dont on n’a jamais pu se forger soi-même aucune image : ce ne serait alors qu’un « retour emprunté, au nom d’un autre ». Entre ces deux discours, le premier film d’Andrés et Francisca Khamis Giacoman, frère et sœur issus de l’importante diaspora palestinienne au Chili, installe sa tension principale. Tandis qu’à Santiago le stade de La Cisterna se prépare au match du jour et que les Baisanos arrivent en bus pour en remplir les gradins, l’élan collectif qui se dessine paraît autant imprimer un sentiment d’appartenance qu’alimenter un élan puissant : celui d’une communauté tenue ensemble par des images, des récits et des signes qui, comme les drapeaux dressés à la proue d’un navire, gonflent au vent de la résistance.

Antoine Thirion

Lire l’entretien avec Andrés et Francisca Khamis

Andrés et Francisca Khamis Giacoman sont frère et sœur, nés dans la diaspora palestinienne au Chili. Ils sont la troisième génération d’une famille originaire de Beit Jala (du côté paternel) et de Bethléem (du côté maternel). Leur travail vise à explorer et à dépeindre les nuances de la diaspora palestinienne au Chili. Baisanos est le premier film qu’ils réalisent ensemble.

Vidéo YouTube - Cinema du Réel : Baisanos
  • Sous-titres : version originale sous-titrée français et anglais
  • Sociétés de production : Brisa Films, The New Flesh Productions
  • Contact Copie : Andrés Khamis / andreskhamisg@gmail.com
  • Image : Lucas García
  • Son : Claudio Carrasco
  • Montage : Sebastián Salfate