#05 Cinéaste en son jardin

Cultiver : faire venir et laisser croître. 

Si le paysan est celui qui cultive, il en est de même de l’artiste. Et plutôt que d’opposer le travail de la terre et la pensée intellectuelle et créatrice comme dans une certaine tradition occidentale, les considérer comme des extensions l’une de l’autre, les deux extrémités d’un même univers que certains cinéastes ont choisis de tenir rapprochés, contre, tout contre l’un et l’autre. Et ainsi d’envisager son être au monde d’une manière alternative sans doute, de chérir des connections entre les forces qui opèrent le paysage et le travail de création, et en dédiant sa vie au jardin et au cinéma, non pas exercer deux métiers mais s’occuper à vivre, à être vivant.
Il n’est pas anodin que dans les films de ces cinéastes, Rose Lowder, Sophie Roger, Robert Huot, ou encore Hilal Baydarov, on retrouve une interdisciplinarité commune aux travaux des champs et au jardinage, autant de poésie, de performance et de répétition qui construisent une autre temporalité du regard, un mode sensible étroitement lié au monde alentour.
En choisissant la campagne comme lieu de vie et de cinéma, ces cinéastes font de leur cadre quotidien l’atelier où exercer leur art, le jardin de leurs pensées, de leurs préoccupations, de leur joie ou de leur difficulté à vivre, et le terreau de leur rapport à l’autre et de leur compréhension du monde. Il semble que leur regard, lorsqu’il s’attache aux arbres, fleurs et animaux, sonde leur être profond et qu’ils fabriquent ainsi quelque chose de l’ordre de l’autoportrait. 

Catherine Bizern


Lire Le Land Cinema comme certificat de vie de Becca Voelcker

_____


#1 Séance Joaquim Pinto

Joaquim Pinto paraît révéler, pénétrer, et ainsi donner à voir et ressentir comme rarement au cinéma le champ de force d’un amour. Advient alors un miracle de l’ordre de la contamination, du processus contagieux, comme une revanche dérisoire de l’art sur les épidémies, l’inoculation à nos regards de la plus intense et réconciliatrice des relations à l’autre, à la nature, à la matière même d’un monde en survivance. (Julien Gester)

#2 Séance Robert Huot

présentée par Arnaud Lefebvre, galeriste (Galerie Arnaud Lefebvre)
Après avoir produit des œuvres d’art qui comptaient parmi les plus extrêmes de la fin des années 1960 – dématérialisées et essentialisées, parfois jusqu’aux limites de la visibilité – j’entamai en janvier 1970 un journal filmé. […] Peu à peu, mes choix de vie commencèrent à avoir un effet concret sur mon art. Les journaux filmés ressemblaient de plus en plus à une célébration de la « nature ». À mesure que mon/notre conscience de notre impact sur l’environnement grandissait, je me sentais dans l’obligation de produire un art et de mener une vie qui refléteraient cette prise de conscience. (Robert Huot)

#3 Séance Rose Lowder

en collaboration avec le Musée National d'Art Moderne-Centre Pompidou
suivie d'une discussion avec Rose Lowder et Vincent Sorrel (cinéaste et Maître de conférences en création artistique à l'université de Grenoble Alpes) et animée par Philippe-Alain Michaud (conservateur au Musée National d'Art Moderne-Centre Pompidou)
La pratique de Rose Lowder est intimement liée au maniement de sa Bolex, la caméra amateur devenant, dans ses mains, un « instrument de recherche visuelle ». La caméra est écologique parce qu’elle n’a besoin que de la main pour collecter des images au rythme de prises de vues tournées avec la manivelle ou image par image. Entremêlant les images dans un geste qu’elle rapproche plus du tissage que du montage, Rose Lowder saisit des photogrammes de fleurs qu’elle recompose en des bouquets d’images pour l’écran. (Vincent Sorrel)

#4 Séance Sophie Roger

en présence de Sophie Roger Sophie Roger réalise depuis de nombreuses années une œuvre libre et singulière, hors des feux de l'actualité et du commerce parisiens. Dessins ou films, son œuvre s'ancre dans son territoire le plus familier, ce coin du Pays-de-Caux, au nord de son Havre natal, où elle vit et travaille à la campagne, non loin de la falaise. Depuis ce territoire intime, son travail ne cesse d'interroger l'ailleurs, la relation à l'autre, quel qu'il soit : amis, voisins, peuples lointains, habitants du passé, malades d'aujourd'hui. (Cyril Neyrat)  

#5 Séance Hilal Baydarov

Fasciné par le mystère des gestes, Baydarov filme les corps de ses proches comme une sorte de chorégraphie sublime du quotidien. Il donne ainsi à voir l’intimité dans laquelle il se confronte au sentiment déchirant d’avoir abandonné sa maison, sa famille et la terre où il a grandi. Baydarov livre ainsi sa version du retour aux racines, le temps suspendu d’un été au village. (Elena López Riera, Visions du réel)

#6 Séance Jonas Mekas

Si Jonas Mekas a toujours filmé son environnement quotidien, on associe plutôt son oeuvre à New York, sa ville d’adoption adorée, et aux appartements qu’il a habités ou à ceux de ses amis. Pourtant il aime s’attarder sur la nature et les paysages de campagne lors de ses escapades extra citadines et il passe énormément de temps dans son jardin de 4 kilomètres de longueur, tout proche de son domicile : Central Park.

#7 Séance Margaret Tait

Dans des films intimistes à l’écoute de la vie secrète des objets, des personnes et des paysages, Margaret Tait s’est appliquée à révéler l’autre face de l’existence, celle que nous remarquons uniquement lorsque notre propre présence au monde passe au premier plan. Avec son regard et son esprit indépendants, elle s’est intéressée à ce qu’elle voyait autour d’elle, qu’il s’agisse des ruelles d’Édimbourg, du fracas des vagues sur l’archipel des Orcades ou encore d’une vieille paire de bottes dans une grange, mettant ainsi en lumière les multiples dimensions de la réalité.