#01 Sélection internationale

Sol de Campinas

Jessica Sarah Rinland

2021Brésil26 min

Des archéologues effectuent des fouilles sur un site de tumulus entourant une place historique, désormais située dans un territoire qui s’appelle l’État de l’Acre, au Brésil. Ils passent du travail de terrain au laboratoire, essayant de comprendre comment le site fut construit, quels schémas furent adoptés lors de l’implantation d’habitations sur ces terres, ainsi que la composition de la terre anthropique restante.

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On se souvient de Those That, at a Distance, Resemble Another (Cinéma du réel 2020), où Jessica Sarah Rinland, sans hésiter à mettre elle-même la main à la pâte, retraçait la fabrication d’une réplique de défense d’éléphant depuis divers laboratoires jusqu’aux archives d’un musée londonien. Cette fois entièrement sur le terrain, Sol de Campinas accompagne des fouilles menées sur le site du même nom dans la région d’Acre au Brésil, où la déforestation a mis au jour quinze monticules d’une colonie millénaire. La manière, elle, on la connaît. À l’exception d’une ouverture où les visages des jeunes archéologues se découvrent dans la faible lueur d’un écran de télévision, Rinland filme presque exclusivement leurs mains, les outils et la terre qu’ils grattent, tamisent, trempent, échantillonnent et mesurent, ou la viande qu’ils partagent. Une légère mais constante désynchronisation exacerbe la dimension tactile de l’image, absorbe le regard et force l’écoute. Centripète et centrifuge, l’art de Jessica Rinland repose sur de singuliers échanges entre le travail de la pellicule et les processus naturels et techniques de la conservation du vivant. De cette analogie où l’expérimentation formelle se nourrit des formes de la science – des gestes et techniques de l’archéologie aux textes théoriques de Bruno Latour, des reconstitutions 3D aux tracés des constellations – le cinéma tire une grande amplitude descriptive. En retour, il offre au monde du travail un peu de son empathie et de son irrévérence, profitant d’une blague sur un ordre d’en haut pour rompre le cours studieux du film par un chant d’amour à une meute de chiens.

Antoine Thirion

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Lire l’entretien avec la réalisatrice sur le blog Mediapart de Cinéma du réel

  • Jessica Sarah Rinland est une cinéaste argentino-britannique dont le travail a été projeté et exposé dans le monde entier, notamment au Festival du film de Toronto, au Festival du film de New York, au Festival du film du BFI à Londres, à Rotterdam, à Oberhausen, au Cinéma du Réel, à la Somerset House (2016) et à l’exposition Bloomberg New Contemporaries (2011). Elle a remporté de nombreux prix, notamment la mention spéciale au Festival du film de Locarno et le prix du meilleur film à Documenta Madrid pour son premier long-métrage (Those That, at a Distance, Resemble Another, 2019), le Primer Premio à la Bienale de imagen en Movimiento (Black Pond, 2018).

Production, image, montage : Jessica Sarah Rinland
Son : Philippe Ciompi
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