#02 Sélection française

Prix du court métrage 2021

Random Patrol

Yohan Guignard

2021France30 min

Faire régner l’ordre, c’est la mission de Matt, policier dans une banlieue d’Oklahoma City aux États-Unis. Tous les matins il prend sa voiture pour patrouiller dans la ville. Tous les matins, il appréhende les interpellations à venir et se questionne sur ce que ce métier a fait de lui.

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Derrière Matt qui conduit, la banlieue grise et verte d’Oklahoma défile, égale, à travers la vitre. Toutes les maisons se ressemblent, ou bien c’est de les voir dans le regard de Matt, qui est policier et en déduit que derrière chaque porte, au coin de chaque rue, sa mort, sûrement, l’attend. Il y pense déjà quand le film le montre, à l’aube et dans les chants d’oiseaux, rejoindre le volant de son SUV recouvert de buée pour entamer sa journée de patrouille. En restant installé une demi-heure durant sur le siège passager, Random Patrol fait le portrait d’une institution, d’une classe, et d’un homme. Aucun des trois, semble-t-il, ne se porte très bien. Matt est un policier ordinaire, un manœuvre du law enforcement. La patrouille est son sort ; il y trouve le temps de ramener sa fille de l’école, mais ne s’imagine pas manquer une journée de travail. Ce serait faillir à sa mission, qui est donc d’attendre la mort, puisqu’on ne peut incarner l’ordre sans croire très fort au mal, et même y aspirer franchement. Voilà pour le portrait de l’institution, et de l’Amérique anonyme. Le portrait de l’homme montre la même chose : muré derrière les lunettes fumées de l’officier de police, derrière son badge et son revolver, enterré avec lui dans la vigie mélancolique qui trace les contours de sa vie morne. Divorcé, triste. Le mot « patrouille », nous apprend le dictionnaire, est cousin du mot « patauger ». Aux derniers plans du film, les roues du SUV sont à demi noyées, parce que la Canadian River a débordé de son lit.

Jérôme Momcilovic

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Lire l’entretien avec le réalisateur sur le blog Mediapart de Cinéma du réel

  • Au cours de ses études de cinéma, Yohan Guignard réalise plusieurs documentaires dans le milieu du rugby rural et amateur. Il réalise en 2017 «Adieu la chair!», un court métrage de fiction qui clôture son exploration des rituels masculins au sein de ce sport. Sélectionné dans de nombreux festivals et diffusé sur Arte, Ciné + et la Rtbf, le film remporte le grand prix du festival Le court en dit long à Paris en 2018. Avec «Random patrol» (2020) Yohan Guignard continue de sonder les virilités défaillantes à travers le portrait en huis clos d’un policier américain au cours d’une patrouille sans fin dans une petite banlieue d’Oklahoma City. Porté par son désir de sonder des territoires à travers des communautés il filme actuellement des Sœurs cisterciennes dans leur monastère gersois ainsi que des jeunes bergers dans un centre de formation en Provence.Il développe en parallèle «Le film de Rafat», un documentaire qu’il coréalise avec un photographe Syrien ayant mis en scène son quotidien lors du siège de la Ghouta Orientale dans la banlieue de Damas.

Production : L’Endroit (Pascal Barneville, Maud Deschambres, Bastien Ehouzan)
Image : Yohan Guignard
Son : Matthieu Gasnier
Montage : Faustine Cros
Musique originale : Gaspar Claus
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