#01 Sélection internationale

Prix international de la Scam 2021
Prix du patrimoine culturel immatériel 2021

Odoriko

Yoichiro Okutani

2020Japon, États-Unis, France114 min

« Odoriko » désigne les danseuses d’un art bientôt disparu, celui du théâtre de strip-tease japonais. Alors qu’il a pu constituer un divertissement populaire au même titre que les spectacles comiques, seuls une vingtaine de ces clubs de strip-tease sont encore en activité dans le pays. Les femmes continuent à voyager seules avec leurs costumes dans leurs bagages, d’une loge à une autre.

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On entend au loin la voix grésillante du speaker, qui annonce avec une conviction relative le prochain numéro : « La scène est cet endroit, dit-il, où la neige tombe en été et le soleil brille en hiver. » Mais de ce côté-ci, dans les loges où se préparent les danseuses, le monde tourne à l’endroit, c’est-à-dire autour de questions pratiques : costumes miroitants à repriser puis enfiler dans un bruissement de sequins, maquillage savant devant des miroirs encombrés, nouvelles prises par téléphone de la famille lointaine, étirements, climatiseur en panne. La fiction a effleuré souvent (chez Renoir, Cassavetes ou Ferrara) cette sociabilité féminine des coulisses, cernée par le regard des hommes. Les strip-teaseuses répondant, ici, au nom ancien d’odoriko ont l’entière attention de la caméra discrète de Yoichiro Okutani. Les hommes n’y subsistent qu’à la marge, devinés dans le hors champ des théâtres vétustes où, de toute façon, ils sont de moins en moins nombreux. Car il ne reste au Japon qu’une vingtaine de ces clubs désuets, accueillant sous leurs néons fatigués les danseuses itinérantes qui seront, peut-être, les dernières représentantes de leur art. Leur professionnalisme endurant est ici, d’une loge à l’autre, le véritable spectacle, ramené du fond des miroirs qui sont voués à boire leurs ultimes secrets.

Jérôme Momcilovic

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Lire l’entretien avec le réalisateur sur le blog Mediapart  de Cinéma du réel 

  • Né en 1978 au Japon, Yoichiro a suivi un cursus universitaire de cinéma documentaire à la Film School of Tokyo sous la direction des cinéastes Makoto Sato et Takefumi Tsutsui. Nippon no Misemonoyasan (« la dernière troupe de spectacle du Japon »), est un long-métrage documentaire sorti en 2012 au sujet d’une troupe de phénomènes de foire et de leurs familles. Le film est devenu culte au cinéma. Enfants du soleil (2013) a fait l’objet d’une invitation au Yamagata IDFF 2011 (New Asian Currents) et au Cinéma du Réel 2012 (compétition premiers films). Les deux films ont bénéficié d’une sortie en salle au Japon.

Production : Asako Fujioka (Documentary Dream Center), Eric Nyari (Cineric Creative), Yoichiro Okutani
Image : Yoichiro Okutani
Son : Young-chang Hwang
Montage : Keiko Okawa, Yoichiro Okutani
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