Première fenêtre

Marco

Mathis Domenet

2019France36 minCouleur

« Marco » est le portrait documentaire d’un solitaire marginalisé. Ancien camé, il vit dans le même petit appartement orlysien, au 4e étage d’une tour HLM, depuis maintenant plus de 30 ans. Aujourd’hui seul avec son chien, il déambule dans les rues du quartier des Saules, enfume de shit son appartement. Au cœur de la banlieue d’Orly, son récit légendaire est le conte d’une vie au seuil de la mort, qui s’écoule au fil des mots, devenant rengaine. Marco, homme au visage de granite, est le vecteur d’une mémoire violente, véritablement vivante. Cloisonné en haut de sa tour d’acier, surplombant le remue-ménage des quartiers de la banlieue Sud, il incarne une figure intemporelle de vigie ayant traversée des âges sombres marqués par la mort. Cynique quasi immortel trainant sa carcasse affaiblie aux côté de son chien, son image me semble reléguée à celle des bas fonds, terré dans l’ombre de sa tanière. C’est néanmoins ce corps, ce personnage à l’allure mythique ; que je veux montrer. Non pour faire peur, mais pour le réintroduire dans le domaine du regardable. Pour poser les yeux sur une beauté que l’on ne tend pas à voir et des mots tranchants que l’on ne sait entendre. Du haut de sa tour, Marco devient conteur et sa parole fil du récit. Sa voix prend la forme d’images mémorielles comme autant de pièce d’un puzzle éclaté sur le sol. Nous le suivons dans ses sempiternelles déambulations urbaines aux gestes hiératiques et son immobilité relative au cloisonnement claustrophobique de son appartement. La flamme brulante qu’il incarne vacille sans cesse au rythme haletant et suffocant de son histoire. Ce récit autobiographique questionne inévitablement de nombreux enjeux périphériques : La mémoire socio-historique à travers son témoignage de toxicomane ayant vécu dans les années 1980 ; la dimension philosophique et psychanalytique de son parcours lorsque l’on considère les notions de pulsions de mort et de vie ; la solitude liée à l’enferment physique et empirique dans un monde clos, ainsi que la filiation et la transmission à travers l’évocation de son fils et des jeunes générations issues de ces quartiers.

  • PRODUCTION : Mathis Domenet
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