#05 Cinéaste en son jardin

Et maintenant ?

E Agora ?

Joaquim Pinto

2013Portugal164 min

Depuis vingt ans Joaquim Pinto vit avec le VIH et l’hépatite C. Exilé dans la campagne de Lisbonne avec son mari Nuno et leurs chiens, Joaquim a décidé d’arrêter toutes ses activités liées au cinéma pour suivre un nouveau protocole. Un journal filmé, une réflexion sur la survie au-delà de tous les pronostics mais aussi sur l’amour, l’amitié, le cinéma et le Portugal depuis la révolution jusqu’à la crise actuelle. 

Où puiser l’exemple, d’où tirer l’enseignement apte à rectifier le chemin de la vie ? Le film ne pointe rien, et, heureusement, ne fait que promener. Deux voies toutefois, qu’il ne dégage qu’à moitié. La chrétienne, médiatisée par Nuno, sosie de Jésus et identique messager de la paix, abreuvé d’évangiles mais hostile aux clochers. Pinto ne souscrit pas à la croyance, et laisse Dieu en dehors de son film. Mais il aide son amant à enregistrer le dit de Jean, fait de la place à une Bible censément Livre de la Vie, ici transformée en viatique évidé de l’au-delà. L’autre piste est tracée par les insectes. Et maintenant ? s’ouvre sur une limace traversant lentement le plan. Elle sera suivie par des libellules, abeilles ou mantes, et épaulée par des images de tiges végétales ou de fleurs discrètes. Épiphanie du microcosme, manifestation du vivant aux antipodes de l’homme, monde grouillant à nos pieds que Pinto oppose aux désirs malades de conquête spatiale. Bible et coléoptères communient sous les auspices du miracle infiniment renouvelé.
Il y a un vieux mythe occidental auquel Nietzsche a donné tout son éclat : seule la maladie terrassante peut donner accès à la grande santé, à la vie dans son épanouissement réel, seule la mise en défaut révèle le fond masqué du monde. Pas sûr que Pinto souscrive à cette mystique, lui qui cherche à annihiler l’imaginaire agrippé au virus. Mais son film, empruntant un chemin différent, aboutit à une idée similaire, le sida révélant par réduction, quoi ?, non La-Vie, mythe épais, piège grossier, mais l’en-vie, l’existence parcourue par les intensités, le vent nouveau des désirs rétablis dans leur mesure, la puissance germinatrice de l’ici-bas.

Gabriel Bortzmeyer (Débordements.fr, 2014)

  • Joaquim Pinto paraît révéler, pénétrer, et ainsi donner à voir et ressentir comme rarement au cinéma le champ de force d’un amour. Advient alors un miracle de l’ordre de la contamination, du processus contagieux, comme une revanche dérisoire de l’art sur les épidémies, l’inoculation à nos regards de la plus intense et réconciliatrice des relations à l’autre, à la nature, à la matière même d’un monde en survivance. (Julien Gester)
    © Rui Gaudêncio

Scénario et réalisation : Joaquim Pinto
Production : CRIM Produçoes Audiovisual (Joanna Ferreira, Isabel Machado et Christine Reeh)
Image, son, montage : Joaquim Pinto et Nuno Leonel
Mixage : Olivier Do Huu
Press Kit

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