Palmarès du 43e Cinéma du réel

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY LONGS MÉTRAGES

Le Jury longs métrages composé cette année de Rémi Bonhomme (Directeur du Festival de Marrakech et des Ateliers de l’Atlas), Hassen Ferhani (cinéaste), Juruna Mallon (réalisateur et sound designer), Laetitia Moreau (cinéaste), Yolande Zauberman (cinéaste) a décerné les prix suivants :

Grand Prix Cinéma du réel
Doté par la Bibliothèque publique d’information (5 000 €) et la Procirep (3 000 €) et décerné à un long métrage issu des sélections internationale et française

THE INHERITANCE, de Ephraim Asili
2020 / États-Unis / 100 min

Laudatum du jury :
Pour sa puissance cinématographique, la pertinence historique sur les heures sombres de l’Amérique d’hier et aujourd’hui, l’histoire avec une grande hache et un bombardement sur fond de domination raciale… Ce film est une déflagration cinématographique à base de reconstitution, d’humour et transmission des douleurs…Un film sur l’histoire des vaincus qui ne se considèrent pas comme des victimes mais comme des acteurs à part entière du film et l’Histoire. Une pulsation d’énergie pour construire le Monde de demain.

Prix international de la SCAM
Doté par la Scam (5 000 €) et décerné à un long métrage de la sélection internationale

ODORIKO, de Yoichiro Okutani
2020 / Japon, États-Unis, France / 114 min

Laudatum du jury :
Odoriko, un film tourné en mini dv, beau,  délicat, sensuel sur des femmes, acrobates de l’amour. Le cinéaste  dévoile l’art de ces danseuses, solidaires comme des sœurs, le sérieux magnifique avec lequel elles préparent leur apparition, leur performance, là où d’autres ne verraient  que de la vulgarité. Odoriko, un film de cinéma.

Prix de l’Institut Français – Louis Marcorelles
Doté par l’Institut français (5 000 €) et décerné à un long métrage issu de la sélection française

L’ÉTAT DES LIEUX SERA DRESSÉ À ONZE HEURES EN PRÉSENCE DE LA FEMME DU POÈTE, de Martin Verdet
2021 / France / 62 min

Laudatum du jury :
Le jury a décidé de récompenser un film bouleversant où le vide laissé par la disparition du poète Franck Venaille se remplit de l’intensité de ses mots, dans un dialogue déchirant et sublime avec des images mentales. Un geste de cinéma audacieux, magique et vital qui nous donne à voir l’invisible, à regarder la mort en face, pour mieux observer la construction d’une mémoire résolument vivante.

Prix de la Musique Originale (SACEM)
Doté par la Sacem (1 000 €) et décerné au compositeur d’un long métrage issu des sélections internationale et française.

ROCK BOTTOM RISER, de Fern Silva
2021 / États-Unis / 70 min
Musique originale de Sergei Tcherepnin & Musique originale additionnelle de Lea Bertucci

Laudatum du jury :
La musique devient un élément fondamental de l’expérience synesthésique de ROCK BOTTOM RISER par sa riche construction polyvalente, qui intègre différentes natures sonores de ce paysage insulaire. 
Une musique qui, en plus de re-signifier et de révéler la puissance de l’image, se libère de ses fonctions musicales pour se transformer elle-même en matière première du film.
Une musique à écouter et à regarder.

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PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY COURTS MÉTRAGES ET PREMIERS FILMS

Le jury courts métrages et premiers films composé de Fatma Chérif (cinéaste), Elisabeth Franck-Dumas (critique), Damien Manivel (cinéaste), Catherine Millet (auteure), Michael Wahrmann (producteur, cinéaste) a décerné les prix suivants :

Prix Loridan-Ivens-CNAP
Doté par Capi Films (2 500 €) et le CNAP (4 000 €) et décerné à un premier film de plus de 50 minutes issu des sélections internationale et française

FEAST, de Tim Leyendekker
2021 / Pays-Bas / 84 min

Laudatum du jury :
Le Prix Loridan-Ivens/Cnap récompense un premier long-métrage. Cette année, le jury est heureux de le décerner à un film qui est aussi un premier film d’une étonnante maîtrise : Feast de Tim Leyendekker. Au travers d’une construction audacieuse, Feast permet d’aborder un fait divers particulièrement douloureux. Le prix récompense le courage de surmonter la difficulté sans rien céder d’une exigeante recherche formelle.

Mention spéciale à
DEAR HACKER, de Alice Lenay
2021 / France / 60 min

Laudatum du jury :
Le film a retenu notre attention par sa fraîcheur et son audace discrète. L’air de rien, Alice nous embarque dans un jeu de questionnements d’un abord presque absurde au départ mais qui se déploie avec une grande modernité. Elle questionne les nouvelles manifestations de présence à travers les Webcams, et la manière dont un être prend corps à l’écran. La cinéaste parle de « recherche incarnée »: elle est au centre de son expérimentation.

Prix du court métrage
Doté par la Bibliothèque publique d’information (2 500 €) et décerné à un court métrage issu des sélections internationale et française

RANDOM PATROL, de Yohan Guignard
2021 / France / 30 min

Laudatum du jury :
Avec une construction narrative digne des meilleurs nouvellistes et un dispositif d’une grande simplicité, Random Patrol déplie les mythes de la figure du « flic » dans la culture américaine en s’attachant à brosser le portrait d’un d’entre eux. Entièrement tourné depuis le siège avant d’une voiture de police dans l’Oklahoma, esquissant le quotidien morne du patrouilleur, le film parvient avec une belle économie à pointer les peurs et névroses liées au métier (et leurs conséquences potentiellement funestes) tout en retournant les attendus de la série policière.

Mention spéciale à
NIGHTVISION, de Clara Claus
2021 / France / 37 min

Laudatum du jury :
Nous avons à l’unanimité choisi de décerner une mention à Nightvision de Clara Claus, manière de journal intime filmé qui, s’attachant à une observation minutieuse du réel et de son rendu sur écran, notamment via caméra de surveillance, livre un précipité de film d’épouvante ordinaire tout en interrogeant avec finesse les frayeurs et projections de la cinéaste.

Prix du court métrage Tënk
Doté par Tënk (500 € et achat de droits de diffusion SVOD sur la plateforme Tënk) et décerné à un court métrage issu des sélections internationale et française

UN MAL SOUS SON BRAS, de Marie Ward
2021 / France / 16 min

Laudatum du jury :
Une vache flotte dans la mer. Une ville futuriste en 3D est imaginée. Des hommes importants se réunissent dans un club de sport. Leur entraînement ressemble à une danse. Ils sortent de l’enceinte, vont dans une forêt obscure, se touchent les uns les autres, font l’amour. Au Moyen-Orient, dans une ville futuriste située au bord de la mer, un orage vient tout à coup perturber la vie. Ou bien était-ce une explosion ?
Par sa trame narrative construite sur l’association, le film propose un regard politique neuf sur une société post-coloniale pétrie de contradictions. Ce faisant, il nous révèle la voix singulière et émergente d’une véritable auteure que nous aurons à cœur de suivre.

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PRIX DÉCERNÉ PAR LE JURY DES JEUNES

Le jury des jeunes composé des étudiants Agathe Arnaud, Pierre Gaudron, Antonius Ghosn, Rose Hirgorom, Antony Labiod, Barbara Perin accompagnés par la cinéaste Sophie Bredier a décerné le prix suivant :

Prix des Jeunes – Cinéma du réel
Doté par la chaîne Ciné+ et décerné à un long métrage issu des sélections internationale et française.
Il garantit au film son achat par la chaîne pour un montant de 15 000 € et sa diffusion sur l’antenne. Ce montant sera versé au distributeur sous réserve que le film fasse l’objet d’une exploitation commerciale en salle sur le territoire français dans les deux ans et sur la communication d’un plan de sortie préalable par le distributeur

LES PRIÈRES DE DELPHINE, de Rosine Mbakam
2021 / Belgique, Cameroun / 90 min

Laudatum du jury :
Ce témoignage nous est arrivé et nous ne pourrons plus dire que nous ne l’avons pas reçu. Aujourd’hui encore, sa voix résonne dans nos têtes.
Parce que c’est un film d’une force brute et honnête, d’une grande radicalité malgré son apparente simplicité.
Parce que le portrait est touchant, vrai, mystérieux.
Parce que la parole est intime, violente et politique.
Parce qu’on a vécu 20 ans de vie avec elle.
Nous avons choisi à l’unanimité de décerner le prix des jeunes aux Prières de Delphine et nous sommes impatients de voir ce que Rosine Mbakam fera à l’avenir.

Mention spéciale à
TAMING THE GARDEN, de Salomé Jashi
2021 / Suisse, Allemagne, Géorgie / 92 min

Laudatum du jury :
C’est une histoire d’arbres, une histoire qui par la force de sa mise en scène nous montre le tragique du déracinement et de la domination de l’homme par l’homme, Taming the Garden de Salomé Jashi.

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PRIX DÉCERNÉ PAR LE JURY DES BIBLIOTHÈQUES

Le jury des bibliothèques composé des bibliothécaires Fabrice Ballery, Guénaelle Slanoski, Christophe Thomas accompagnés par la cinéaste Simone Bitton a décerné le prix suivant :

Prix des bibliothèques
Doté par la Direction générale des médias et des industries culturelles du ministère de la Culture (2 500 €) et décerné à un film de plus de 50 minutes issu de la sélection internationale.
 Il s’accompagne d’une proposition d’achat de droits par la Bibliothèque publique d’information, permettant au film d’intégrer le Catalogue national – Les Yeux Doc

LANDSCAPES OF RESISTANCE, de Marta Popivoda
2021 / France, Serbie, Allemagne / 95 min

Laudatum du jury : Pour la manière à la fois tendre et implacable avec laquelle la réalisatrice jette un pont entre le récit de résistance antifasciste de son personnage et les combats actuels d’une nouvelle génération de femmes en lutte ; pour son honnêteté documentaire, pour l’élégance de son esthétique, pour sa capacité d’écoute, pour l’évidence de la filiation, pour l’énergie et l’espoir qu’il nous insuffle, nous décernons le Prix des Bibliothèques à « Landscapes of Resistance » de Marta Popivoda.

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PRIX DÉCERNÉ PAR LE JURY DU PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL

Le jury du Patrimoine culturel immatériel composé de Valérie Perles, ​ethnologue et conservatrice, chargée de mission ethnologie et patrimoine culturel immatériel au ministère de la Culture – Damien Mottier, ​anthropologue et cinéaste, maître de conférences à l’université Paris-Nanterre – Thomas Mouzard, ​anthropologue, chargé de mission ethnologie et patrimoine culturel immatériel au ministère de la Culture a décerné le prix suivant :

Prix du Patrimoine culturel immatériel
Décerné et doté par la délégation à l’inspection, la recherche et l’innovation, direction générale des patrimoines et de l’architecture du ministère de la Culture (2 500 €) à un film issu des sélections internationale et française.

ODORIKO, de Yoichiro Okutani
2020 / Japon, États-Unis, France / 114 min

Laudatum du jury : Il reste encore possible d’assister à l’apparition d’une Odoriko, personnage érotique féminin, sur les scènes des quelques théâtres de strip-tease japonais résistant à la fermeture. Par ce film Yoichiro Okutani nous ouvre la porte des coulisses et des loges, en nous présentant les femmes qui continuent ou initient une carrière d’Odoriko. La caméra et le trio de l’équipe de tournage parvient alors à se faire oublier, et l’on accède sur grand écran au réel des personnes qui vont ou viennent d’incarner une Odoriko, corps féminin dansant attisant le désir et suscitant l’émerveillement. Il nous place face à la transmission d’une pratique culturelle, des « grandes sœurs » au moins expérimentées, qui apprennent à leur côté avec grand respect et humilité. Théâtre après théâtre, plaçant alternativement sa caméra fixe devant la scène, dans les loges, parfois à l’oblique des miroirs où les artistes s’apprêtent ou se livrent indirectement au réalisateur, le film met en abîme le regard, la représentation et le dévoilement. Si l’érotisme est une transgression, qu’en est-il ici de cette transgression de la fiction érotique pour le réel ?

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AUTRES PRIX

PRIX DU PUBLIC PREMIÈRE FENÊTRE

Un des films de la section Première Fenêtre se verra décerner un prix du public grâce aux votes des internautes lors de la diffusion des films sur Mediapart du 8 au 31 mars 2021. Ce prix est doté par le CNC sous la forme d’un achat de droits à l’auteur ou à la structure productrice, à hauteur de 2000€ pour le catalogue du CNC-Images de la Culture.

WADI JHANNAM (La vallée de l’enfer), de Zoé Filloux
2020 / France / 33 min

COUP DE CŒUR STUDIO ORLANDO

Studio Orlando, partenaire du festival, a choisi d’accompagner en post-production l’un des projets sélectionnés à ParisDOC Works-in-Progress.

ICI BRAZZA, de Antoine Boutet (France)
Production : Julie Paratian (Sister Productions)

Laudatum du jury : Studio Orlando souhaite attribuer son “Coup de coeur” au  film Ici Brazza d’Antoine Boutet pour les qualités hypnotiques de ses plans, le travail d’épure et de précision de ses cadres, l’habileté de ses choix au montage son. Véritable objet dialectique à propos de la transformation du paysage urbain, le film s’attache à montrer un monde qui s’en va, du pigeon au SDF, pour faire place nette à une ville écoresponsable réputée souhaitable.

PRIX ROUTE ONE / DOC (nouveau prix)

Le jury de Route One / Doc composé de Régis Sauder, Alice Guilbaud, Lev Khvostenko, Eva Markovits, et Guillaume Massart a decerné le Prix Route One / Doc :

Doté par le CNC sous la forme d’un contrat avec l’auteur du projet à hauteur de 2 000 €, équivalent à un pré-achat de droits pour le catalogue CNC-Images de la culture.  Ce prix est attribué à un jeune diplômé ayant obtenu son diplôme en 2019 ou 2020 et qui travaille à un premier projet de film professionnel. Le lauréat se verra par ailleurs accompagné dans l’avancée de son travail par Régis Sauder parrain du prix cette année.

MORGANE, de Charles Moreau-Boiteau

Laudatum du jury : Le jury a choisi de décerner ce premier prix Route One / Doc de la  43ème édition de Cinéma du réel, en partenariat avec le CNC à Morgane de Charles Moreau-Boiteau.Nous avons été emportés par l’écriture très cinématographique de l’auteur qui nous transporte dans la plaine de la Crau. Il réussit de façon très imagée à décrire le territoire de son film, son mystère, ses frontières incertaines marquées par le Fata Morgana phénomène optique fruit d’une combinaison de mirages qui trouble l’horizon. L’auteur arpente ces franges incertaines du monde pour aller à la rencontre des silhouettes qu’il devine au loin. Il nous fait partager sa méthode sensible et patiente, et nous livre un récit d’une grande générosité qui nous conduit à la rencontre des personnages qui vivent là. Nous avons le sentiment que le film s’inscrit très justement sous le parrainage de Robert Kramer dont la sensibilité et le regard nous manque. Nous sommes heureux d’avoir lu un projet qui s’inscrit dans ce sillon et emprunte symboliquement cette route one qui est une promesse de récits. Bravo à Charles dont nous sommes impatients de découvrir le film.