Présentation de la 43e édition

Ce qui fait un festival c’est à la fois la fabrication d’une programmation et la fabrication d’un public qui sur la durée de la manifestation se construit, prend du plaisir, fait corps. Mais tandis que l’autorisation de la réouverture des salles ne venait toujours pas, il a bien fallu concevoir une proposition alternative, une version dématérialisée de Cinéma du réel, qui puisse ressembler à ce que nous appelons festival. 

Notre intention première a été de créer les conditions d’une expérience qui se rapproche de celle du spectateur de festival confronté à une offre multiple, à heures fixes.

Suggérer un parcours mais aussi la sensation d’être en compagnie ! 

En proposant à tous de regarder les mêmes films au même moment, non seulement créer l’événement mais aussi tisser un lien flottant entre les spectateurs de Cinéma du réel afin que s’établisse, pourquoi pas, une certaine communion. 

Notre intention était aussi de fabriquer un moment de rencontre autour des films, du travail des cinéastes et des idées qui agitent et traversent le secteur professionnel. Ces temps de discussion précieux qui jalonnent tous les ans le festival seront cette année filmés en direct sur deux plateaux. Diffusés dans le même temps que les œuvres, ils complètent l’offre du festival sur CANALREEL.

Les œuvres présentées lors de cette 43e édition de Cinéma du réel affirment la spécificité de la pratique cinématographique et son rôle dans la représentation, la révélation, la compréhension et l’interprétation de notre monde. Par le cinéma, il ne s’agit pas de réinventer un monde qui nous éloigne de la réalité en réduisant le réel à un effet optique, mais d’en proposer ses propres images, qui différentes pour chacun, rendent possible de nouveaux récits et ouvrent alors le territoire de l’imagination pour le spectateur. 

La pandémie a été une rampe d’accélération pour les plates-formes et toutes les initiatives de mise en ligne de films qui, de Netflix à Tënk ont vu le jour ces dernières années.  La plupart de nos débats – du Forum public proposé par l’association des Amis du Cinéma du réel jusqu’à la discussion que nous initierons avec l’appel des 85, collectif des éditeurs vidéo qui s’est formé au printemps, ou la Matinée des idées consacrée aux nouveaux corpus d’images créé par et pour internet – interrogent les bouleversements que ces nouveaux acteurs ont provoqué dans le secteur du cinéma et de l’audiovisuel en général et du documentaire en particulier.  À quoi assistons-nous ? À un temps d’expérimentation plus ou moins sauvage qui réinterroge les processus de travail des différents acteurs professionnels, les rapports de pouvoir et la relation au public ? Est-ce une période d’exception ou l’occasion de proposer de nouveaux cadres, de repenser les manières de faire et d’inventer une nouvelle écologie du secteur ?  Peut-il en surgir une nouvelle donne ? Aucune certitude pour le moment. Mais de notre côté, nous avons conçu cette édition de Cinéma du réel à l’image de notre programmation Front(s) populaire(s) qui se demande À quoi servent les citoyens ?, avec la farouche intention de produire une discontinuité dans le déroulement implacable des événements, une discontinuité qui questionne, surprend, résiste, ravit.  

C. B.