Cinéma du Réel - Festival international de films documentaires

Alain Carou - L’Empreinte ou la Main rouge.

Alain Carou Conservateur au département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France

L’Empreinte ou la Main rouge.

L’Empreinte ou la Main rouge. Réalisateur : Paul Henry Burguet. Producteur : Le Film d’Art. France. 1908. Curieuse incertitude du titre, comme si le producteur n’avait pas réussi à choisir : L’Empreinte, ou La Main rouge ? De ce film tourné il y a 103 ans, seule une moitié subsiste aux Archives françaises du film, retrouvée par la Cinémathèque suisse en 1993. Comme quantité d’épaves du cinéma des premiers temps, on ne le projette pour ainsi dire jamais. Le spectateur ne peut pas même monter dans le train en marche comme dans une autre bande de la haute époque, poursuite ou mélodrame aux figures stéréotypées. La trame de l’intrigue est ici inhabituellement serrée, et l’acteur principal s’exprime en hiéroglyphes gestuels. Mais ces images constituent un irremplaçable document sur un acteur, Séverin, et sur une discipline, la pantomime, telle qu’on la jouait au dix-neuvième siècle.

Séverin fut le dernier mime à se revendiquer descendant en ligne directe de Deburau, le Baptiste des Enfants du paradis. On est d’abord décontenancé par ce Pierrot qui parle avec ses mains. Plusieurs visionnements sont nécessaires pour apprendre à lire les rébus qu’il trace dans les airs. Alors deviennent sensibles la singulière virtuosité des enchaînements, un engagement de tout le corps. Ce morceau de pellicule orphelin tire du néant quelques motifs d’un art de l’acteur qui nous est devenu parfaitement étrange(r) – et l’art des spectateurs qui le comprenaient au vol non moins.

Pour rêver à la moitié perdue du film, enfin, il nous reste la partition de la musique d’accompagnement, pleine de didascalies.