Cinéma du Réel - Festival international de films documentaires

Compte-rendu ParisDOC Capsules

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Capsules #1 // Meet the guests


Le lundi 26 mars était un jour de nouveauté au sein de ParisDOC. Pour sa cinquième année, ParisDOC a mis en place pour la première fois les Capsules. Au sommet du Centre Pompidou, au coeur du restaurant Le Georges, les professionnels du documentaire sont allés à la rencontre des invités du festival de manière informelle autour d’un petit-déjeuner afin de faire connaissance, d’échanger mais aussi de discuter des enjeux fondamentaux de leurs métiers.

 

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Introduits par Anaïs Desrieux, responsable de ParisDOC, et Andréa Picard, directrice artistique du Cinéma du Réel, les guests se sont ensuite présentés chacun leur tour. Les professionnels présents ont ainsi pu rencontrer Mark Peranson, responsable de la programmation au festival de Locarno, rédacteur en chef du magazine Cinema Scope et juré de la compétition longs métrages, Léo Goldsmith, universitaire et co-dirigeant de la rubrique cinéma du Brooklyn Rail magazine ainsi que Bettina Steinbrügge, directrice du Hamburg Kunstverein et ancienne programmatrice pour le Forum Expanded de la Berlinale, tous deux membres du jury Premiers films et courts métrages.

A leurs côtés se trouvaient Gerwin Tamsma, programmateur à l’IFFR (Pays-Bas), Gabor Greiner, directeur des acquisitions chez Films Boutique, Roland Loebner, coordinateur du DOK Film Market du festival international de documentaires LOK Leipzig (Allemagne), Ina Rossow, responsable festival chez Deckert Distribution, Manuela Buono, fondatrice et directrice des ventes et des acquisitions chez Slingshot films, Sandro Fiorin co-fondateur de Figa Films, Davide Oberto responsable de la sélection doc du Torino Film Festival (Italie) et co-directeur de Doclisboa (Portugal), Charlotte Selb, programmatrice pour RIDM, Hot Docs, Cinéma Moderne et critique pour 24 images (Canada) et Susana Santos Rodrigues, consultante internationale pour Karlovy Vary (République Tchèque), le Bildrausch Film Festival (Suisse) et distributrice pour VAIVEM (Argentine).

 

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Compte-rendu rédigé par Perrine Quennesson

 

Capsule #2 // La distribution des documentaires sur les nouveaux médias, par UniversCiné

Animée par Dominique Barnaud, coprésident de Cinéma du Réel, cette rencontre se faisait autour de la place du documentaire au sein des nouvelles technologies et en particulier à l’heure des plateformes. Pour cela, ParisDOC recevait Charles Hembert, directeur des éditions, et Romain Dubois, responsable marketing d’UniversCiné.

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Dans un premier temps, le duo est revenu sur le principe et le rôle d’UniversCiné qui a la double casquette d’agrégateur et d’éditeur de contenus. Il est notamment composé de cinq plateformes : deux OTT (UniversCiné et la Médiathèque numérique, coédité par Arte) et de trois IPTV sur les box. Par ailleurs, UniversCiné possède également une offre SVoD, UnCut, qui permet, sur abonnement, d’avoir accès à 40 films choisis par mois, renouvelés par 10 toutes les semaines.

Une des premières observations faites par Charles Hembert au sujet de la VoD est que 80 à 90% des films consommés sont des nouveautés (soit quatre mois après leur sortie au cinéma). Mais le documentaire est plus particulier. La spécificité de ce dernier étant une plus grande longévité pour atteindre son nombre total de spectateurs, contrairement à la fiction. Cette valeur à long terme se traduit en chiffres : ainsi sur 500 000 locations à l’année sur UniversCiné, 40 000 (soit 8%) reviennent au documentaire, parmi elles, 52% se font sur des films qui ont plus de deux ans, contre 48% de nouveautés.

Quand un documentaire arrive sur une plateforme, il devient accessible pour la 1re fois à près de 60% de la population en raison du nombre restreint de copies en salles. En revenant sur leur propre pratique, Charles Hembert précise que le rôle à jouer des plateformes, en prenant le contrepied de Netflix, Amazon ou autre, est justement de se couper des grands vecteurs de locations tels que la comédie ou le cinéma d’action pour mettre en avant d’autres typologies de films tels que le documentaire mais aussi le cinéma d’auteur ou le court métrage. Surtout qu’il y a un véritable public pour le documentaire et que celui-ci n’est pas que cinéphile. D’ailleurs, il est aussi très fort en EST (achat définitif) car c’est un type d’oeuvre que l’on garde ou que l’on offre de part sa composante identitaire.

Mais pour attirer des nouveaux publics, il faut aussi événementialiser les sorties. Le documentaire a cette particularité de pouvoir créer des communautés autour de lui et le réalisateur en devient le VRP. D’abord en salles où il présente son film mais par la suite, comme c’est le cas sur UniversCiné, en participant à des interviews éditorialisées. La presse est également un allié pour le documentaire car il y est bien soutenu ainsi que le hors-média, soient les associations ou communautés. Les principaux vecteurs pour attirer le public vers le documentaire sont le bouche-à-oreille, le Top (créé par la plateforme sur un principe de mise en valeur de certains films) et l’algorithme. Pour le directeur des éditions, le danger des algorithmes est d’enfermer le spectateur dans un certain type de cinéphilie. Il prône ainsi l’importance de l’éditorialisation en donnant l’exemple de la Cinétek, plateforme VoD à laquelle UniversCiné participe également, qui, grâce à son principe de recommandation par des cinéastes, permettra à une oeuvre d’être quatre fois plus vue que sur la plateforme plus généraliste : « Notre travail au quotidien est de créer du désir » précise-t-il.

Charles Hembert explique également que le digital n’est pas encore prêt à remplacer à la salle, que le fantasme autour de la VoD/SVoD n’est pas encore prêt à se réaliser. Ainsi, par exemple, lorsque UniversCiné préfinance un film, il prend deux mandats : physique et digital. Mais le physique représente 80% de l’investissement contre 20% pour le digital, le premier étant encore leader. Cependant, s’il est difficile d’attirer les gens sur le documentaire en VoD, il fonctionne très bien en SVoD où il représente, sur UniversCiné, environ 25% des films consommés. Il faut cependant être conscient, selon le directeur des éditions, que la SVoD est une destruction de valeurs par rapport à la VoD transactionnelle ou la vidéo physique car pour le prix d’un film, les gens en voient six. Cet avis  mis en parallèle avec l’industrie de la musique, a été tempéré par Romain Dubois qui explique que la valeur se crée aussi dans le fait que les films sont vus.

De manière globale, les intervenants soulignent que la VoD stagne quand l’EST décolle. La SVoD, elle, croît très progressivement et va rapidement représenter 50% du marché de la VoD. Par ailleurs, les pratiques des consommateurs ont évolué. Notamment grâce à la démocratisation apporté par Netflix, la consommation directement sur la plateforme et non à travers les box est passée de 10 à 53% des utilisateurs. Or peu de plateformes en France propose la double option VoD/SVoD à l’exception, outre UniversCiné, de FilmoTV. De plus la fragmentation du marché est compliquée car finalement peu de nouvelles créations parviennent à tenir sur le long terme : « Ceux qui restent sont ceux qui ont su trouver un modèle » dit Charles Hembert, citant également en exemple Tënk, dédiée au documentaire.

S’il est difficile de prévoir l’avenir des plateformes et de leur impact dans le paysage du cinéma. Du côté du préfinancement, il est compliqué pour les plateformes de SVoD de s’impliquer surtout qu’avec la chronologie des médias, elle n’auraient accès au film que trois ans après sa sortie (contre 4 mois pour la VoD). De plus l’arrivée de gros acteurs comme Amazon Prime, Apple ou la future plateforme Disney/Fox laissent des points de suspension à toute forme de prédiction.

 

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Compte-rendu rédigé par Perrine Quennesson

 

Capsule #3 // Rouge International

Vendredi 30 mars, ParisDOC a proposé la 3e et dernière Capsule de cette 5e édition. Celle-ci était l’occasion d’une rencontre entre les professionnels présents et les deux dirigeantes et fondatrices de Rouge International, Julie Gayet et Nadia Turincev.

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Après une rapide introduction de la part d’Anaïs Desrieux, responsable de ParisDOC, la modératrice Pamela Pianezza, journaliste et photographe, a brièvement résumé le parcours et la personnalité de chacune des deux femmes ainsi que les faits d’armes de Rouge International qui compte notamment, dans son line-up, des films tels que Grave, Mimosas, Visages, Villages, L’insulte, The Ride ou encore Des bobines et des hommes. Pamela Pianezza a également rappelé le mantra de la société qui est que « L’universel commence quand on pousse les murs de sa cuisine ».

 

D’ailleurs, à la question, « Qu’est-ce qu’un film Rouge International? », Julie Gayet et Nadia Turincev ont fait preuve de cette universalité revendiquée, de cet éclectisme en expliquant qu’il n’y avait pas de types de film, que ce qu’elles souhaitent avant tout c’est d’être surprises : « Nous voulons faire des films que nous n’avons pas l’impression d’avoir déjà vus et cela dépend surtout du regard du ou de la cinéaste. On ne met pas les films dans des cases, peu importe qu’ils soient documentaire ou fiction, il faut juste qu’ils nous touchent par leurs thèmes et leurs approches » ont-elles ainsi expliqué. Si le choix des projets est basé sur l’unanimité du tandem, la prime au coup de coeur est également une de leur principale façon de fonctionner.

 

Julie Gayet et Nadia Turincev se connaissent depuis 1993. La première est actrice et particulièrement intéressée par la production. La seconde travaille dans la production mais aussi en tant que directrice artistique notamment pour le Festival de Moscou ou au comité de sélection de la Quinzaine des réalisateurs. L’envie de créer Rouge International en 2007 est donc née de ce désir de production, de voir naître des auteurs et de les accompagner : « Un an après notre lancement, ce fut la crise financière de 2008. Ils nous a donc fallu revoir tous nos plans de financements qui se retrouvaient divisés par trois » a expliqué Julie Gayet. En suivant un principe d’honnêteté sur le prix réel des films, les deux femmes se sont également rapidement tournées vers l’international en utilisant particulièrement la notion d’equity pour financer leur film grâce à des fonds privés étrangers.

 

Si l’idée de faire quelques gros films pour financer les plus petits leur a traversé l’esprit, ce n’est pas ce qu’elles ont finalement privilégié. Récemment, elles ont eu la preuve que leur choix était le bon lorsqu’elles ont coproduit Tout là haut de Serge Hazanavicius, film à gros budget. Elles se sont alors aperçues que ce type de modèle ne leur convenait pas vraiment : « Nous avons essayé d’appliquer des méthodes de production de films d’auteur sur un film à 10 millions d’euros mais ça s’est avéré ne pas être une très bonne idée ». L’important pour le duo est avant tout d’être « cohérent » dans son approche du financement : « Nous sommes encore encore à la recherche de l’équilibre mais nous savons que c’est par la cohérence que nous parviendront à gagner sur tous les tableaux. C’est aussi pour ça que nous nous lançons dans la distribution » précise alors Nadia Turincev.

 

En effet, depuis l’an dernier, avec l’ajout d’Emilie Djiane à leur équipe, Rouge International a créé Rouge Distribution. Après Des bobines et des hommes en octobre dernier, la société distribue actuellement The Ride de Stéphanie Gillard et prépare les sorties de Have a nice day de Liu Jian, Family Film d’Olmo Omerzu et Shut up and play the piano de Philipp Jedicke. Si le but n’est pas de distribuer que des films produits par Rouge, il est certains que cet organe de distribution est aussi un avantage pour elles et leurs productions-maison : « Nous avons suivi le film depuis ses débuts, ce qui permet un travail au long cours et le développement d’une stratégie plus forte, mais aussi d’avoir de nouveaux financements, et, au bout du compte, de gagner du temps ». Cette stratégie s’établit également avec les festivals qui sont centraux dans le parcours et la notoriété d’un film : « C’est important de savoir quel festival est fait pour quel film. Mais aussi à quelle période du festival ce dernier doit être montré. Ça nous est arrivé avec Fix Me à Sundance, notre premier festival avec un de nos longs métrages. Or il a été diffusé après le 1er weekend, quand il n’y avait plus personne! On a bien appris la leçon, on ne se fera plus avoir! Si les festivals sont importants, pour la sortie salle, il faut aussi penser plus large et s’intéresser au contexte de sortie (expos, théatre…) qui pourrait nous convenir ou auquel nous pourrions nous allier. Il faut penser global ».

Production, distribution, une volonté d’aller vers les ventes internationales également? « Peut-être » a dit Nadia Turincev d’un air mystérieux.

Enfin, au niveau du nombre de ses salariés, le chiffre est très mouvant mais la société ne peut aller au-delà de huit employés, pour le moment, pour des raisons budgétaires. De la même façon, les locaux ont bien changé, passant du salon de Julie Gayet à leur propres bureaux avec notamment des tables de montage. Ce qui est bien pratique, notamment pour les plus petits films. De surcroit, le tandem est particulièrement intéressé dans la post-production : « Dans la plupart des films étrangers que nous produisons, nous participons beaucoup au développement du scénario mais nous n’assistons pas au tournage, qui est souvent suivi par l’équipe de production locale. Nous reprenons souvent la main sur le film au moment de son montage ».

 

Avec des films primés dans de multiples festivals et nommés dans de nombreuses cérémonies de prix, que peut-on souhaiter à Julie Gayet et Nadia Turincev : « Une sélection en compétition à Cannes, ce serait vraiment bien ». Réponse le 12 avril.

 

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Compte-rendu rédigé par Perrine Quennesson