Xenos

  • Mahdi Fleifel
  • 2013
    • Danemark
    • Emirats Arabes Unis
    • Liban
    • Palestine
    • Royaume-Uni
  • 12 min

En 2012, dans A World Not Ours, Mahdi Fleifel, né dans le camp de réfugiés palestinien d’Ain el-Helweh, au Liban, retournait y filmer l’un de ses amis, Abu Eyad. Plongée furtive mais intense et sobre dans une vie souterraine, Xenos conserve la marque de cette intimité. Désormais Abu Eyad est bloqué aux portes de l’Europe, à Athènes, où il vit clandestinement derrière un soupirail. Autant L’Escale de Kaveh Bakhtiari (2013), chronique de cette survie athénienne d’un autre groupe de migrants, inscrivait leur parcours dans la perspective de leurs voyages, autant Xenos s’installe dans un présent ductile, sans butée. En Grèce, ce pays « qui te ruine l’âme », « un mois, c’est un million d’années ». L’usage de la drogue, le recours à la prostitution, Abu Eyad les décrit avec une sécheresse qui contraste avec les propos de ses parents restés au Liban, si banals dans leur bienveillance qu’ils n’en paraissent que plus surréels : « trouve-toi une épouse », « trouve-toi un travail ». Sans commentaire et surtout sans le moindre jugement, Fleifel recueille cette parole presque de l’intérieur, rappelant la polysémie douloureuse du mot xenos en grec : l’étranger mais aussi l’ennemi. (Charlotte Garson)