Voglio dormire con te

  • Mattia Colombo
  • 2015
    • France
    • Italie
  • 75 min

Né d’une insomnie elle-même née d’une rupture amoureuse récente, Voglio dormire con te trouve une forme et un ton singuliers, entre ébauche et murmure, pour aborder ce qui généralement ne peut être montré à l’écran que surdramatisé : le désamour d’un couple, ou peut-être moins que cela, la précarité actuelle de l’état amoureux, l’incertitude aujourd’hui de pouvoir s’aimer au futur. Comme certaines langues qui possèdent un présent progressif, les séquences s’écoulent ici l’une dans l’autre, en recréant par leur enchaînement une discrète inquiétude sur l’avenir du récit. « Un jour j’ai séparé nos affaires »… L’acuité du regard de Mattia Colombo se pose autant sur l’intimité qui passe entre deux êtres que sur les objets de leur quotidien dont il extrait une force métaphorique – ainsi de cette gravure de bouquetins tête contre tête qui trône dans la chambre de « Bambi » et de son ex-amie, qui fait ses cartons. Ainsi des instructions de Steve, professeur de tango : « la main de l’homme doit délimiter un espace fermement ». Tendre ironie, c’est la mère du cinéaste, déroutée de ne pas s’être vue présenter « quelqu’un de définitif, d’officiel », qui prend à bras le corps la métaphore : l’amour serait un « sac à dos » dont on pourrait changer mais qui devrait à la fois contenir « la joie et la famille »… Tantôt le filmeur se frotte aux amours des autres, tantôt c’est un amant tout juste rencontré qu’il sonde face à face – jusqu’à ce que ce qu’il fraye dans cette intimité lui soit à son tour renvoyé. (Charlotte Garson)