Si j'existe, je ne suis pas un autre

  • Olivier Dury
  • Marie-Violaine Brincard
  • 2014
    • France
  • 90 min

Hocine, David, Seta, Sofian, qui ont autour de 20 ans, suivent les cours d’une classe hors-norme à Bondy et tentent de réintégrer une Première générale. Musculation, calcul ou confection de décors pour une pièce qu’ils monteront – la souplesse des méthodes d’enseignement permet à des cinéastes tout ouïe d’enregistrer une langue,  les jeunes répondant ou commentant entre eux leurs activités. Par moments, la spontanéité de ces autodésignés « cassos » se confond pourtant avec une forme de psittacisme. Sur la scène du théâtre, qui parle, qui est parlé ? Où finit l’expressivité, où commence la récitation ? La pièce scolaire offre au film un cadre : surtout pas une dramaturgie de feel good movie (une classe en difficulté parviendrait à faire de l’art, quel exploit !), mais une homologie formelle. En effet, par son usage virtuose du plan fixe et du son hors-champ, le film s’érige lui-même en scène sur laquelle la périphérie peut devenir le centre. D’où des entrées et sorties de champ qui vibrent de l’énergie galvanisante d’une réappropriation de soi. Ainsi cet élève qui, observant de l’intérieur ses camarades en récréation, décide tout haut « Allez, je vais aller draguer » avant d’entrer sur la scène de la cour, acteur malicieux de son propre scénario. Extrait des Chants de Maldoror, le titre pointe une autonomie gagnée de haute lutte, y compris l’autonomie d’un spectateur pour une fois épargné de l’équation banlieue = altérité.