Paris est une fête - Un film en 18 vagues

  • Sylvain George
  • 2017
    • France
  • 95 min

Sylvain George traverse Paris en 2015 et 2016 avec un « mineur étranger isolé », selon la terminologie en vigueur. Ce splendide tourbillon en noir et blanc mêle les détails de monuments iconiques – statue équestre, obélisque ou grande roue – à l’existence dans les rues. « Aubervilliers : nos équipements améliorent votre cadre de vie » proclame un panneau municipal devant un groupe de sans-logis étrangers. Cette symphonie urbaine à la Dziga Vertov, rendue frénétique par l’état d’urgence en vigueur, ne choisit pas entre figuration et transfiguration du réel. Les fragments de choses vues s’interrompent par exemple pour faire entendre le récit succinct et déchirant de la traversée de la Méditerranée par le jeune Guinéen. L’ordonnancement du film en « 18 vagues » suggère des correspondances entre son histoire et la mémoire des deux garçons morts dans un transformateur à Clichy en 2005. Les événements, les hommes et les discours se juxtaposent, se heurtent et parfois s’entrelacent, révélant des liens de causalité. Le film revient en spirale place de la République, à la fois mausolée et champ de bataille dans les plans violents où des CRS piétinent les fleurs déposées en mémoire des victimes des attentats de 2015. Saisis dans plusieurs manifestations, slogans et gestes de révolte ne sont jamais réductibles à un contenu univoque. Le militantisme du Vigo d’À propos de Nice rejoint les cartons bleu-blanc-rouge du Godard des années soixante sans que ces fulgurances cinéphiles ne surplombent le réel. De vague en vague, le jeune Africain reparaît, racontant, fumant, slammant, attestant, comme le nom d'un café aperçu le suggère, que Paris trinque « à la Renaissance ». (Charlotte Garson)

Production: Noir Production

Contact copie: Zeugma Films