O Arquipélago

  • Gustavo Beck
  • 2014
  • 28 min

Portrait délicat d’une famille discrètement hors-norme au Brésil, O arquipelago parvient à partager un espace-temps avec son protagoniste, le Chilien Alvaro Riveros. À tel point qu’il donne le sentiment de tourner « de l’extérieur » le journal intime de cet homme fatigué par des exclusions successives. Postée par exemple devant le seuil de la chambre qu’Alvaro occupe en colocation, la caméra suggère par ce surcadrage fixe le malaise palpable d’un homme qui ne se sent plus à sa place. Photojournaliste évincé de son journal, père séparé, Alvaro n’a « plus la patience ». Mais le film, par la mise en cinéma de fragments de son quotidien et de celui de la famille qu’il a quittée, semble s’employer à lui rendre cinématographiquement cette patience. Comme il lui restitue, par la puissance simple du montage, des moments d’intimité qu’il n’a peut-être plus avec son fils Giovane. Un tigre, un zèbre, un dromadaire, un ours : une banale visite au zoo contribue ainsi par petites touches à réintroduire de l’insolite, de la beauté presque surréelle dans une existence dévitalisée. « Dulcinée… » : la chanson d’amour qui sert de cloison narrative à la partie sur l’ex-compagne d’Alvaro et leur fils fait briller l’astre mort de leur amour, tout en plaçant au cœur de ce film sur l’insularité intime un puits de mélancolie. (Charlotte Garson)