Monelle

  • Diego Marcon
  • 2017
    • Italie
  • 16 min
  • 35 mm
  • Production
  • In Between Art Film, Ermes-Ermes

Monelle est, dans le court roman de Marcel Schwob publié en 1894, une jeune prostituée s’exprimant par aphorismes sibyllins. Elle vend aux enfants de petites lampes qui « éclairent à peine la pluie obscure » et souvent s’éteignent. Ce sont peut-être les soeurs de Monelle, présentées ensuite par Schwob en une cascade de contes étincelants d’innocence et de cruauté, que Diego Marcon transpose dans l’obscurité de la Casa del Fascio à Côme, ancienne vitrine fasciste et chef d’oeuvre d’architecture rationaliste de Giuseppe Terragni. Si Marcon ne fait nulle part ailleurs que dans son titre référence directe au Livre de Monelle, il en suit néanmoins la lettre et l’esprit, qui dictent par exemple « que chaque noirceur soit traversée par l’attente de la blancheur future ». L’aphorisme devient la règle formelle d’un film d’horreur structuraliste aux accents burlesques, tourné en 35mm avec l’ancien matériel remis en service d’un studio d’animation italien, dans lequel la lumière fugace et périssable d’ampoules-flashes surprend à peine des jeunes filles alanguies, retournant déjà dans la nuit où rodent d’étranges humanoïdes. On reconnaît ces créatures de synthèse, qui veillent et nous tiennent en alerte, inquiètent le sommeil en même temps qu’elles le gardent. Ce sont celles d’un rêve, dont la simplicité sidérante condense une multitude d’imageries, de strates temporelles et de réalités latentes. (Antoine Thirion)