Les Messagers

  • 2014
    • France
  • 70 min

« Ils sont où tous les gens partis et jamais arrivés ? » Des pêcheurs marocains qui trouvent régulièrement des corps sans vie au registre paroissial où un prêtre français  note quand il peut l’origine des défunts, Les Messagers se poste sur la frêle limite qui sépare les migrants vivants des migrants morts. Traverser le Sahara à pied, parvenir sain et sauf dans les enclaves de Ceuta ou de Melilla et se trouver « piégé » au Maroc : telle est souvent la trajectoire entravée d’une résilience physique et mentale dépensée en vain, dont le portrait de Stéphanie Régnier, Kelly (prix du Jury Jeune l’an dernier) se faisait à sa façon l’écho. Ici, le montage alterne des entretiens avec un chef de la  garde civile espagnole (sur la barrière high tech « pas nocive envers les migrants ») et les témoignages d’une densité et d’une sobriété poignante de voyageurs qui parlent pour leurs compagnons de route malchanceux, noyés ou tués par balles à leurs côtés. Cette focalisation sur les morts sans sépulture interroge la part fantôme de l’Europe. D’où il ressort que sous certains aspects, la notion de frontière recouvre celle de la fosse commune : faille où engloutir un excédent d’humanité dont la parole des « messagers » serait la seule relique. (Charlotte Garson)