In Samartien

  • Volker Koepp
  • 2013
    • Allemagne
  • 120 min

Toute entière invitation au voyage, l’œuvre de Volker Koepp s’actualise avec une maîtrise étonnante dans "In Sarmatien". Son prologue pose la métaphore du Schaktarp, glace fondue venue de Russie qui regèle sur le fleuve Niémen : une surface ni meuble ni solide, « comme nos vies ». La Sarmatie, territoire transnational qui s’étend à l’est de la Vistule de la Baltique à la mer noire, Koepp la retraverse avec la jeune génération d’aujourd’hui, d’un pas aussi juste que celui de l’accordéoniste aveugle suivi dans les travées d’un marché. Russie, Lituanie, Biélorussie, Pologne, Moldavie, Ukraine : dans ces paysages qui ont inspiré les écrivains et subi les pires exactions, le cinéaste enregistre le long témoignage de plusieurs de ses jeunes amies — des propos d’une telle densité que ces femmes accèdent presque au statut de génies des lieux. Leur rapport à leur terre d’origine se résume en un mot — l’exil —, mais ce mot se déploie à l’infini : exil linguistique (du roumain appris en alphabet cyrillique sous le joug soviétique), exil affectif quand Elena dit n’avoir compris qu’au Musée de l’Holocauste de Washington que son village avait été le théâtre de meurtres de masse. Koepp capte enfin, avec une mélancolie jamais complaisante, le paradoxe douloureux selon lequel ceux qui refusent de s’exiler finissent par se sentir les plus solitaires de tous. (Charlotte Garson)