Il Segreto

  • cyop&kaf
  • 2013
    • Italie
  • 89 min

Avec ou sans aiguilles, secs ou encore verts, extirpés d’une poubelle ou « réservés » de longue date auprès des gardiens d’immeubles : dans les rues de Naples un groupe de gamins récupère les sapins de Noël après les fêtes. Aussi inlassable et affairé qu’eux, le film restitue leur suractivité qui semble d’autant plus intense que leur butin paraît maigre, insolite – invendable. La vitalité touffue d’Il segreto s’organise autour d’un lieu qu’ils appellent « le secret » et protègent jalousement d’autres groupes de ramasseurs. Dent creuse des Quartieri Spagnoli, c’est l’emplacement d’un immeuble démoli en 1993 et jamais reconstruit. La grille qu’ils cadenassent évoque moins un squat à ciel ouvert qu’un portail de ghetto médiéval, mais l’ardeur à garder ce lieu en fait une réappropriation territoriale – un geste politique. Si l’on apprend à la fin la destination rituelle de la collecte, les cadrages qui font corps avec ce babygang et le récit sans commentaires laissent à l’approche anthropologique la place qui lui convient : c’est une coda, pas le corps d’Il segreto. Son foyer vital se situe plutôt quelque part entre le frottement réitéré des carcasses d’arbres sur les escaliers escarpés du vieux quartier, et la musique d’Enzo Avitabile qui jaillit à point nommé. « Et d’ailleurs », demandait énigmatiquement l’exergue empruntée à Cosmopolis de Don DeLillo, « comment voulez-vous traduire les sons en mots ? » (Charlotte Garson)