Gam Gam

  • Natacha Samuel
  • Florent Klockenbring
  • 2015
    • France
  • 135 min

Karim, bagagiste à l’aéroport de Brest depuis dix ans, revient comme tous les deux ans dans son Ouagadougou natal. Famille et amis l’attendent de pied ferme, soit pour s’agréger à sa réussite relative, soit pour compléter les pointillés du récit de leur vie. Admiré, craint et critiqué, Karim est en équilibre dans l’interstice entre deux mondes. Frères ou connaissances sont autant de facettes de lui-même, de ce qu’il aurait pu rester : un gam gam, qui dans l’argot de Ouaga désigne un « mélangeur, embrouilleur, vendeur de tout ». Amants éphémères qui ont pu croire quitter l’Afrique via une aventure avec une touriste blanche (c’est le cas de Moustache) ou affaire-man trafiquant des chargeurs de portables, ils n’ont pas pu ou pas voulu partir, et portent sur Karim un regard teinté d’amertume – « ceux qui reviennent ici foutent le pays en l’air », entend-on un soir de veillée. Jamais surplombante ni didactique, la caméra de Natacha Samuel et Florent Klockenbring ne sur-éclaire pas les espaces sombres, nous confrontant dès l’arrivée de Karim à la dynamique de la langue, aux espaces et aux situations. L’immersion parfois tâtonnante des cinéastes, tempérée par leur familiarité de longue date avec ceux qu’ils filment, restitue la désorientation d’un retour provisoire. Les réparations de la maison familiale de Karim deviennent la métaphore d’une usure récurrente, d’une brèche peut-être impossible à combler. (Charlotte Garson)