Eugène Gabana le Pétrolier

  • Jeanne Delafosse
  • Camille Plagnet
  • 2014
    • France
  • 59 min

Ce portrait d’un Burkinabé de vingt ans aurait pu s’appeler "L’Argent ou En avoir ou pas" : Eugène, qui étudie la comptabilité au lycée de Ouagadougou, consacre chaque minute de son temps libre à la débrouille, qu’il s’agisse d’emprunter sa moto à son frère ou de convaincre un acheteur potentiel de la valeur d’un téléphone portable mystérieusement dénué de chargeur. Prolongeant "La Tumultueuse vie d’un déflaté" de Camille Plagnet (2009), les réalisateurs emboîtent le pas à ce héros picaresque qui compense par son endurance sa petite taille et son handicap au dos. À la manière des gangsters du cinéma
classique, le malingre Eugène accorde la plus haute importance à sa représentation, devant la caméra comme au sein de sa bande d’amis. « Il se tenait comme quelqu’un qui a perdu son job ! », remarque-t-il à propos d’un compagnon de drague malchanceux. Faute d’horizon (travail, mariage), la posture et le bagout font l’homme. Avançant par blocs mimétiques des longues dérives du « Pétrolier » motocyclé, le film dépasse cependant la chronique des petits trafics sur fond de misère béante. Ainsi le téléphone portable, d’abord simple objet de transaction, ouvre-t-il à l’imaginaire intime de l’adolescent lorsque, sur sa paillasse, Eugène
palabre avec une possible conquête, plus convaincant encore qu’avec un client. « Mon grand frère est ambassadeur au Canada… » (Charlotte Garson)