Dans la chambre de Vanda

In Vanda's Room
No quarto da Vanda

  • Pedro Costa

  • 2000
    • Portugal
    • Allemagne
    • Suisse
  • 170 min
  • Couleur
  • PRODUCTION
  • Contracosta Produções, Ventura Film, Instituto Português da Arte Cinematográfica e Audiovisual, Pandora Filmproduktion

PROJECTIONS

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En compagnie de Vanda, toxicomane, dans le quartier Fontainhas de Lisbonne, à la démolition duquel les résidents assistent, impuissants. 
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Vanda est au centre de sa chambre, elle y est longtemps, comme elle est au centre du film, et pour longtemps. Elle est filmée presque tout le temps en plans fixes, assez larges, par une caméra qui ne s’approche jamais trop, ne détaille pas, ne morcelle pas, ne découpe pas - ne fait donc rien pour « dramatiser », ni même pour « signifier » ou « raconter ». Il n’y a rien à dire, rien à raconter, rien à montrer. Ce qui se passe dans cette chambre, dans cette chambre mortuaire, ne relève pas de l’ordre du regard, manifeste au contraire toute l’impuissance du regard, la défaite du visible devant le temps qui passe et la mort qui œuvre. Nul regard ne peut arrêter le temps ni la mort. Je serai spectateur moins de ce qui se voit – Vanda se détruisant à petit feu, ces flammèches qu’elle passe et repasse sous le papier d’argent qui réchauffe la poudre –, que je le serai, spectateur sans spectacle, de ce qui a lieu et se donne sans se « donner à voir », sans forcément devoir ou pouvoir être vu : le geste extrêmement ralenti que la mort fait pour tendre la main à cette jeune femme allongée dans un lit défait.
–Jean-Louis Comolli (Images documentaires n°44, 2002)

Une nuit, vers la fin du tournage de Ossos, j’étais assis dans un coin, épuisé, et Vanda est venu me dire : « Le cinéma ne peut pas être que cela. Ça doit pouvoir être moins éprouvant, plus naturel. Et si tu me filmais, tout simplement. On continue ? » Ce fut comme un rêve. Ce fut la petite fiction que je me suis inventé pour faire ce «film-documentaire». Je suis alors allé dans la chambre de Vanda, pour être avec elle et attendre les bulldozers qui devaient venir raser le quartier de Fontaínhas. Chacun a son lieu dans le monde. Là, c’est la sœur de Vanda, Zita. Et leur mère. Et celui qui passe là, c’est Pango, un garçon sans toit. Et ainsi de suite. Ce que je veux dire c’est que, dans cette société épouvantable, il est bon d’avoir un lieu, un centre, sinon on vient nous voler jusque dans notre propre monde intérieur. J’ai pu commencer à filmer parce que j’avais trouvé un lieu, ce centre qui me permettait de regarder autour, presque à 360 degrés, et de voir les autres, les voisins, les amis. Et j’ai commencé à voir comment le quartier entrait et sortait de la chambre de Vanda. Et moi-même je pouvais en sortir pour aller avec Pango, le Rouquin, Paulo... J’ai commencé à voir qu’il était possible de filmer deux ou trois choses : les mensonges propagés sur ce lieu, la répression, l’exploitation, la pure tentative de génocide, le châtiment imposé par la drogue – qui n’est pas une maladie comme certains voudraient le faire croire. Et voir comment les personnes résistent à la violence et s’arment émotionnellement. [...]
Il y a des films qui sont des beuveries et d’autres qui sont des gueules de bois. On parle peu dans Ossos parce que je devais écrire les dialogues de tous les personnages et je n’ai jamais su écrire des dialogues. Je n’ai jamais grand-chose à dire. Dans ce film, personne n’a été obligé d’écrire quoi que ce soit, il n’y a pas de « scénario cinématographique», Dieu merci ! De toutes façons, je serais incapable d’inventer des choses aussi fortes, aussi justes, aussi belles que celles que Vanda, Pango et tous les autres disent. Je ne peux que les remercier et organiser tout pour que cela soit encore plus fort. Et puis personne ne sait ce qui va se passer quand on fait tourner la caméra. Jamais personne ne l’a su et c’est cela la grandeur du cinéma.

– Pedro Costa (Entretien avec Francisco Ferreira, Images documentaires n°44, 2002)

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