Choreography

  • David Redmon
  • Ashley Sabin
  • 2014
    • États-Unis
  • 8 min

À mille lieues du naturalisme animalier, des ânes se déplacent, entrent et sortent du cadre. Via les angles et la grosseur des plans, leurs mouvements composent une étrange et secrète chorégraphie. Le montage aussi participe de ce jeu de construction puisque l’on remarque au générique que plusieurs donkey sanctuaries ont été filmés, rapprochant peut-être par l’artifice d’une collure des ânes qui ne se sont jamais coudoyés. Ainsi les déplacements édifient-ils un espace composite, déjouant à un deuxième niveau le préjugé naturaliste qui accompagne toute apparition animale à l’écran.

Lorsque le regard de l’âne « accroche » frontalement l’objectif de la caméra, une sorte de déclic se produit, un point de bascule. Est-ce une rencontre ? Il n’est pas sûr que le terme convienne. En tout cas le regard s’en trouve retourné comme un gant, en un retour à l’envoyeur qui déjoue notre manie de voir chez les bêtes de purs objets de connaissance, de prédation. Dans la lignée de Bestiaire de Denis Côté (en compétition en 2012),  le film croise aussi le questionnement de Jean-Christophe Bailly qui, dans Le versant animal, élabore la notion « précédence » : « cet air d’ancienneté, cet air d’avoir été là avant, ils l’ont tous et c’est ce qu’on voit en les voyant nous regarder comme les voyant simplement être entre eux, dans leur domaine. » (Charlotte Garson)