Alazeef

  • Saif Alsaegh
  • 2016
    • États-Unis
  • 21 min

Collage minimaliste à la bande-son chatoyante, Alazeef (« esprits du désert » en arabe) plonge le spectateur dans le flux de conscience d’un soldat irakien, une semaine avant l’opération Tempête du Désert en 1991 (l’année de naissance de Saif Alsaegh). À la fragmentation d’une Bagdad aux allures de « femme asthmatique » répondent les peurs en voix off du soldat inconnu, figure générique d’une jeunesse sacrifiée. Plus l’image est simple (un petit G.I. en plastique tour à tour enfoui et dégagé du sable, un jeu de lumières colorées), plus le monologue apparaît poétique et riche, et plus le cinéma semble ramené à ses fondements. Surchauffé jusqu’au surréel, le mix entre des guitares metal, Le Noël de la rue d’Edith Piaf, Bugs Bunny ou encore une belle mélopée du chanteur Filfel Gourgy rend avec justesse le tourbillon contradictoire qui emporte le narrateur. « On m’a dit que les Américains étaient mes ennemis. Mais je les aime… Batman, Superman, Marlboro… » La peau brillante d’un mannequin déguisé en cowgirl sur la couverture de Playboy devient l’incarnation dérisoire de la désirabilité de l’Autre qu’il est impératif de honnir, comme est impératif de siroter du thé plutôt que du vin. Le récit d’une expérience sensorielle littéralement infernale glisse vers une forme d’élégie protestataire, de résistance à la fois modeste et provocante. (Charlotte Garson)

Production / Contact copie: Saif Alsaegh