A Strange New Beauty

  • Shelly Silver
  • 2017
  • 50 min

Dans une luxueuse demeure entourée d’un jardin idyllique, nulle trace d’une présence humaine, même si une famille habite manifestement les lieux. Voix, sons et inscriptions en surimpression font sourdre une inquiétude dont l’origine ne cesse de se dérober. « Une maison peut sentir la douleur »... En jouant tantôt avec le dédoublement du cadre en vignettes sur fond noir, tantôt avec un sound design qui fait exister le hors-champ, Shelly Silver réintroduit de la mémoire dans cet espace, ne serait-ce que parce qu’une « maison est un subconscient... un corps... » Et si tout ce faste, ce confort, reposaient sur l’exploitation des autres ? Plusieurs voix off tiraillent le spectateur entre encouragement à l’épanouissement de soi et insistance d’une conscience qui ne saurait rester sourde au fracas du monde, aux « 7,5 milliards qui vivent sur cette terre ». Le film tire son « étrange beauté nouvelle », discrètement convulsive, de sa façon d’instiller dans ces intérieurs marmoréens une animalité de moins en moins facile à refouler. Les bois de cerf disposés dans un grand vase de pierre charrient le poids macabre de la chasse. Un passé rôde, « un loup à la porte », des cris, le souvenir de temps moins heureux où la guerre frappait au carreau. L’acuité des cadrages, focalisant notre attention sur un détail, métamorphose l’anodin en blessure – une statue sans bras, extirpée de son handicap de convention, porte la trace d’une vraie mutilation. De bribe en bribe, la sauvagerie – la nôtre – fait irrémédiablement irruption dans la civilisation, minant définitivement sa quiétude. (Charlotte Garson)

Production / Contact copie: House Productions