Édition 2017

Rebelles à Los Angeles. Un nouveau cinéma afro-américain

Marie-Pierre Duhamel Muller
En écoutant Paul Robeson

Passing through (Larry Clark)

Quelques-uns avaient crié casse-cou, mais c’est arrivé : le système électoral américain a porté au pouvoir la téléréalité des plus riches et des plus conservateurs. La rébellion travaille aujourd’hui, quotidiennement, la société américaine, mais ce n’est pas un hasard si l’un des premiers à se faire entendre fut le député John Lewis, héros du mouvement des droits civiques, fils de métayers de l’Alabama.

Sinistre actualité de films qui, depuis trente ou quarante ans, ne cessent de parler au présent : ces pensées, ces colères, ces émotions et ces musiques viennent de celles et ceux qui se sont emparés du cinéma pour (re)donner voix et images à la population historiquement la plus exposée aux discriminations, à tout ce que Stokely Carmichael définissait comme l’institutional racism (« racisme institutionnel ») de la société américaine, et ce malgré la puissance de feu contraire de l’industrie dite hollywoodienne. Continuer la lecture de Rebelles à Los Angeles. Un nouveau cinéma afro-américain

SERRAS DA DESORDEM : L’UTOPIE DU REGARD DE L’AUTRE ET SA DÉCONSTRUCTION

par Lucia Ramos Monteiro (15 avril 2015)

texte initialement paru sur le site www.debordements.fr

SERRAS DA DESORDEM : L’UTOPIE DU REGARD DE L’AUTRE ET SA DÉCONSTRUCTION

 

Le film s’ouvre sur l’image, tournée en 35mm noir et blanc, d’un Indien seul dans une clairière. Avec des gestes précis, il allume un feu et s’installe. Maintenant en couleurs, le film montre un groupe d’Indiens, adultes et enfants, dans ce qui pourrait être la même clairière. Ils jouent, se baignent dans une rivière, puis quelqu’un ravive une braise. Après l’image violente du passage d’un train à grande vitesse à travers la forêt, le jeu d’alternance noir et blanc / couleurs, qui ponctuera d’ailleurs tout le film, se trouve enrichi par l’arrivée d’images de textures et de provenances hétérogènes — 35mm, vidéo, extraits issus d’émissions télévisées, de films institutionnels, de documentaires, de longs-métrages. Ce n’est qu’après ce montage d’images d’archives, terminé à la 25ème minute du film, que nous voyons apparaître à l’écran le titre : Serras da Desordem. Continuer la lecture de SERRAS DA DESORDEM : L’UTOPIE DU REGARD DE L’AUTRE ET SA DÉCONSTRUCTION

Dé/montage(s)

« Ceux-là seuls comptent qui se lancent vers l’inconnu. On ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue, d’abord et longtemps, tout rivage. »

André Gide, Les Faux-monnayeurs

 

Nightcleaners, part 1

Cette rétrospective théorique et militante est née d’un sentiment de méfiance croissant envers l’idée que le cinéma pourrait donner sens au réel de façon immédiate. Les films qu’elle rassemble affirment la nécessité d’explorer les puissances plastiques du langage filmique, afin de régénérer le cinéma du réel sur de nouvelles bases. Cette programmation a été conçue comme une sorte de Meccano filmique : un jeu de construction où l’on monte et l’on démonte les formes, les genres, les idéologies du cinéma du réel. La structure porteuse de cet objet en constante transformation, c’est évidemment le montage, qui établit un territoire d’exploration à la fois créative et théorique. Le montage : principe fondamental de composition pour une programmation de films rares et hors norme, tous réalisés à partir d’une conception du sens constructiviste et processuelle. Continuer la lecture de Dé/montage(s)

TONACCI : LE CINEMA, L’AFFECTION ET LA VOCATION DU DOUTE

par Cristina Amaral

 

Andrea Tonacci

La force et la beauté du cinéma d’Andrea viennent d’abord, selon moi, de sa posture intègre et inquiète, qui ne s’accommode pas de certitudes, ne suit aucune formule et ne ment jamais. On ne trouvera pas, dans ses films, un seul photogramme dans lequel il n’ait cru complètement.

Ce cinéma désobéissant et risqué qui jaillit de l’écran avec la chaleur, le rythme cardiaque, l’odorat, l’engagement de la vie, ne cède pas à la vanité, au marketing, à l’argent. Il a du caractère, ne se plie pas aux stratégies et exige que nous, spectateurs, ayons également un regard plus attentif, plus réfléchi et moins passif. Il ne simplifie jamais et ne rentre dans aucune case. Il ne s’explique pas. Continuer la lecture de TONACCI : LE CINEMA, L’AFFECTION ET LA VOCATION DU DOUTE