Taurunum boy / Incertitudes, ô mes délices

Incertitudes, ô mes délices

Difficile aujourd’hui de faire un film sur le passage de l’enfance à l’âge adulte tant le sujet a été exploité de façon magistrale en fiction.

Voix qui muent, corps qui peinent à se maîtriser et amitiés aussi conflictuelles qu’intenses, rien de bien étonnant qui puisse sortir de l’ordinaire à première vue. C’est sans compter la présence de ces adolescents et de leur attachement identitaire à Zemun, une bourgade périphérique de Belgrade, pointée depuis longtemps du doigt du fait de son taux de criminalité élevée.

Autre pas de côté par rapport aux films traditionnels sur le sujet, les garçons filmés par le duo de réalisateurs composé de la monteuse Jelena Maksimović (Mother de Vlado Škafar, Depth Two et The  Load d’Ognjen Glavonjić) et du chef-opérateur Dušan Grubin (qui a notamment filmé Blackness et Afterparty de Luka Bursać) ne sont pas encore au lycée mais viennent de finir le collège et profitent  de leur dernier été avant de devoir se séparer. Cette période cruciale se situe au moment où l’âge adulte pointe le bout de son nez sans avoir fait encore pleinement intrusion. C’est aussi celle où les amitiés les plus solides peuvent se disloquer du jour au lendemain, celle où l’on doute le plus de soi, surtout quand les attentes de la société se font de plus en plus pressantes concernant la masculinité et les rôles à respecter.

Ces garçons traînent dans des lieux désaffectés, pratiquent le sport en dilettante et font leurs premières expériences de fêtes. Ils se testent, font les durs et essaient de réprimer ces émotions qui débordent de leurs corps en pleine croissance. Pourtant, ce n’est pas un film sur la délinquance. Ces personnages sont loin du cliché du hooligan ou de la racaille à laquelle on pourrait les réduire. C’est là toute la majesté du film, cette confiance qu’ont réussi à gagner les réalisateurs pour dépasser cette image qu’on a tendance à assigner, et l’on voit au contraire des enfants sensibles, drôles et somme toute assez « normaux » dans les questions qu’ils se posent et les épreuves existentielles auxquelles ils doivent faire face.

Ces jeunes frappent aussi par la conscience aigüe qu’ils ont de la vanité des choses. Ils ne savent pas où aller, que faire, et seules les relations qu’ils entretiennent entre eux les sauvent du nihilisme vers lequel ils semblent étrangement attirés. Une phrase du concert de rap auxquels ils assistent résume assez bien cette idée : « Je suis la voix d’une génération sans futur ». Vieux mantra punk bien connu, mais qui prend avec eux une couleur toute particulière.

–Sylvain Maino

Réalisé par Jelena Maksimović et Dušan Grubin
Prochaine projection : mercredi 20 mars 19h