Shelter : Farewell to Eden de Znrico Masi

Shelter : Farewell to Eden, se structure autour du récit de vie singulier de Pepsi, un jeune Philippin en exil. Les images, quant à elles, sont hétéroclites. En mêlant des plans aux textures diverses et des sons asynchrones, le réalisateur Enrico Massi révèle dès son ouverture les « points de suture » de ce film de montage. Par ricochet, c’est donc sa place d’écrivain qu’il manifeste et son point de vue qu’il assume.  Le récit qu’il déroule n’en est pas pour autant distancié du réel. Bien au contraire.
Tout au long des 81 minutes du film, Pepsi se raconte. En off, sa voix mène la danse et son histoire conditionne le déroulement chronologique du film. Extrait après extrait, le film crée la rencontre. A travers les détails les plus intimes du parcours de vie de Pepsi, le spectateur découvre aussi ses traits de caractère et sa philosophie de vie. Son histoire individuelle, si elle est détaillée, est présentée comme l’une des multiples biographies qui éclairent et font partie d’une histoire collective bien plus large. 
Au fil des images, les corps d’autres exilés incarnent les propos de Pepsi. Filmés en plans plus larges, leur quotidien d’errance et de survie se dessine. La violence de chaque passage de frontière est quant à elle plastiquement corroborée. La fureur des vagues, l’étendue de la mer, la hauteur des montagnes, l’épaisseur du maquis, le danger des autoroutes rappellent les périls encourus pour rejoindre des territoires qui finalement n’accueillent pas, ou si peu.
Par cette mise en résonnance continue du commun et du particulier, Enrico Massi nous relie, nous spectateurs, directement à cette histoire. Ses choix de cadrage et de montage révèlent nos indifférences collectives. A l’inverse des procédés médiatiques, ce film aussi militant qu’ethnographique propose une rencontre qui, a minima, nous conduit à questionner nos propres regards. 

Lucile Irigoyen