Sankara n’est pas mort de Lucie Viver

Bikontine est un jeune adulte burkinabè comme les autres : après le soulèvement populaire de 2014, celui-là même qui provoqua la démission de Blaise Compaoré, un espoir a crépité comme un feu dans le cœur des jeunes. Bikontine souffre de cet espoir étouffé lorsque les instances internationales ont pris le relais.

Bikontine est un jeune burkinabè comme les autres : il n’a pas connu Thomas Sankara et les batailles d’un commandement révolutionnaire, l’allégresse que provoque le début d’une ouverture dans l’ordre social et dans l’affirmation d’une identité nationale.
Bikontine est un jeune burkinabè comme les autres : il ne sait pas s’il faut croire, partir, rester ou dormir. Mais Bikontine est aussi un poète. Comment parler, s’adresser à ses semblables, dans un monde où on n’a soi-même jamais su quoi dire, quoi faire ?

Bikontine entreprend un voyage durant lequel il va devoir s’immerger dans la vie de ses semblables, mais aussi trouver sa place. C’est cette dualité que montre Lucie Viver, qui, en accompagnant ce personnage dans son périple, alterne les images où elle le filme parmi les autres et celles où elle capte des instants de vie de la population burkinabè et desquelles Bikontine est absent.
Car au début du voyage, Bikontine ne sait pas encore quel regard poser sur ses concitoyens. Même sa présence d’observateur est à conquérir. A la première étape de son voyage, la première ville, dans le premier lieu où il décide de s’arrêter – une école –, il entre dans une salle de classe vide, depuis laquelle il ne peut qu’entendre, en différé, les bribes d’un cours qui y fut donné et dont la cinéaste ne montre les images que par la suite. En enchaînant ces deux temporalités différentes, la cinéaste signale une présence vacillante, presque fantômatique de Bikontine vis-à-vis des évènements. Au fil du voyage, c’est en affirmant ses questionnements et en en faisant part à ceux qui croisent son chemin qu’il pourra trouver sa voie dans ce monde, celle d’un poète.

Il ne s’agit pas de trouver comment être en phase avec son peuple, mais plutôt d’ouvrir une brèche dans ce tableau si noir de déceptions. Pour cela, Bikontine va devoir se rendre jusqu’en des territoires inconnus, descendre du train et poursuivre le chemin de la voie ferrée, là où le train ne passe plus depuis des années. Se confronter aux rêves aussi, à l’inconnu, celui de la possibilité d’un ailleurs. Et tandis que la caméra de Lucie Viver se concentre sur son personnage qui saisit ses questionnements à bras le corps, la lumière de l’espoir ressurgit, sous la forme des phares d’un train dans la nuit, sous celle d’un feu dans une grotte, qui réunissent le poète et un enfant encore ignorants de leur avenir.

Lou-Andréa Désiré

  • Prochaine projection : jeudi 21 à 14h15