Paris Stalingrad de Hind Meddeb et Thim Naccache

Paris Stalingrad de Hind Meddeb et Thim Naccache

Les cinéastes Hind Meddeb et Thim Naccache naviguent entre les pays : elle travaille entre l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, il a étudié le cinéma au Danemark. A Paris, en 2016, ils rencontrent un groupe de jeunes réfugiés qui campent dans le quartier de Stalingrad. Ils décident de filmer « pour garder une trace ».

Commence alors un film tout en mouvements, fait de grilles qui cloisonnent mais aussi de repas partagés, de prières, de femmes qui se mobilisent et d’hommes qui s’affrontent. En effet, l’univers qu’ils filment est un univers d’hommes : les réfugiés qui dorment dans les rues parisiennes sont en très grande majorité des hommes, tout comme les policiers qui les raflent. On assiste à combat masculin dans lequel les femmes souffrent – une femme enceinte, terrorisée, pleure au milieu des tentes démontées par les policiers – ou temporisent ; les militantes présentes dans le film sont deux femmes qui trouvent des solutions d’urgence pour venir en aide aux jeunes réfugiés, à peine majeurs, qu’elles rencontrent entre Stalingrad et la Chapelle. Elles se battent par les mots et les actes de résistance pour les protéger car personne ne leur explique qu’ils ont des droits.

La présence des trains et rames de métro rappelle que le monde est toujours en mouvement et que ces réfugiés ne connaissent, depuis des mois ou des années, que l’exil et la mobilité permanente. Les rames, qui font les liens entre les quartiers de Paris, soulignent la grande proximité – malgré la ségrégation en action – entre les parisiens qui baguenaudent et les parisiens clandestins, ceux qui sont arrivés là bringuebalés par la  vie et ne savent pas ce qu’ils vont devenir. La Ville Lumière prend un autre visage quand elle est vue par des gens qui se débattent pour y survivre, à l’abri des ponts et des métros aériens.

La belle voix subjective d’Hind Meddeb fait de ce documentaire un film incarné, pris en charge par deux cinéastes qui mènent le récit avec leurs images et leurs mots et – comme les militantes qu’ils filment – accompagnent les réfugiés. On mange du couscous sur les bords de Seine, on s’agenouille pour la prière dans les jardins parisiens et on fait bloc devant la Préfecture pour trouver collectivement le courage nécessaire au combat.

Juliette Naviaux

  • Prochaine projection : samedi 16 mars à 14h