Los que desean de Elena López Riera

Les pigeons, révélateurs du coeur des hommes ? Cette question a priori absurde parcourt ce court-métrage minutieux d’Elena López Riera, qui décortique la journée d’une compétition de « pigeons séducteurs » : ils sont ici jugés sur leur capacité à rester le plus longtemps aux côtés d’une femelle, après s’être vu gratifier en amont d’une longue période d’abstinence et s’être fait teindre les ailes de couleurs fluorescentes destinées à ce qu’on puisse les reconnaître plus aisément.

Anthropomorphisme assumé, projection de désirs inavoués, nostalgie de l’amour courtois qui avait cours au Moyen-Âge ? La motivation de ces propriétaires — uniquement masculins — de pigeons peints reste en suspens. Certaines âmes simples pourraient objecter que c’est seulement pour la beauté du geste, pour prendre du bon temps avec ses amis, pour profiter de ces envols multicolores à la beauté plastique saisissante, surtout dans ces décors désertiques du sud de l’Espagne.

Pourtant, les différents articles du « Reglamento de la Federación Valenciana de Colombicultura » qui sont égrenés en voix-off tout au long du film sont là pour nous rappeler qu’on a affaire ici à tout autre chose qu’un hobby. Plutôt qu’interroger ces hommes et leur infliger une psychanalyse sauvage — qui ne ferait que répéter ce qui est déjà présent à l’image —, la réalisatrice nous laisse devant un matériau qui résiste à toute interprétation, paré d’un titre aux résonances multiples.

Sylvain Maino

  • Prochaine projection : mardi 19 à 19h