Les pionniers du Cinéma du réel

Le Cinéma du Réel existe et des cinéastes du monde entier y trouvent un lieu convivial où montrer leur travail, échanger avec d’autres réalisateurs et rencontrer un public nombreux et motivé.

Ceux qui l’ont inventé, et souvent porté contre vents et marées, disparaissent  Petit à petit, pour reprendre le titre d’un film de Jean Rouch.

Le dernier qui vient de partir discrètement était un homme de l’ombre et un fou de cinéma. Il s’appelait Jean-Michel Arnold et c’est lui qui, subversif dans ses fonctions au CNRS, a dès l’origine construit le festival… entraîné Jean Rouch et bien d’autres
dans son sillage, mais aussi proposé au public des programmes décapants.

Il a été précédé cette année par Freddy Buache, Marceline Loridan, Nelson Pereira dos Santos et Yolande Perrault, tous membres de l’Association Les Amis de Cinéma du réel créée à l’origine pour établir un réseau de correspondants actifs à l’étranger.

Il ne s’agit pas de les pleurer mais de souhaiter que d’autres puissent, après eux, assurer la relève et poursuivre leur engagement pour un Cinéma exigeant, beau et humain. Le temps passe, les techniques évoluent mais le festival semble continuer à privilégier le regard du cinéaste, son point de vue, son respect pour ceux qu’il filme.
Si ces films sont souvent le reflet d’une société, enracinés dans leur époque, leur pays, leur valeur reste universelle et les émotions qu’ils provoquent sont intactes. Ceux que nous évoquons aujourd’hui ont tous d’une façon ou d’une autre été des découvreurs et
des passeurs.

Du Japon d’où je vous envoie ce petit message on rend cette année à Tokyo et à Yamagata un hommage à Pereira dos Santos comme ce fut le cas l’an passé pour Rouch à travers une projection de Chroniques d’un été qu’il avait réalisé avec Edgard
Morin et cela à Tokyo devant une salle de 400 cinéphiles jeunes et passionnés !

Marie Christine de Navacelle, déléguée générale du festival de 1979 à 1987

Copyright photo : Bernard Blanché