LEARNING FROM BUFFALO de Rima Yamazaki

Peu de cinéastes s’intéressent encore aujourd’hui à la forme des villes, et opèrent un retour étymologique à ce que pourrait être une certaine idée de la politique : les affaires de la Cité.

Ce n’est peut-être donc pas une coïncidence si le film s’ouvre sur Learning from Vegas, ouvrage de Robert Venturi qui non seulement titre le documentaire, mais faisait aussi l’objet d’une séquence dans Ville Nouvelle d’Eric Rohmer, feuilleton télévisé qu’il consacrait à la construction de Cergy-Pontoise, et ses enjeux sociaux et artistiques.

Si Rima Yamazaki ne partage pas son goût pour la parole des architectes, Learning from Buffalo n’en demeure pas moins un film savant, qui pose également la question – bien poétique – du lieu que choisit la mémoire pour se renouveler, ou se maintenir quitte à s’altérer. Cette question, le film y répond avec la simplicité d’une illustration encyclopédique : un carton énonce, comme chez l’architecte Louis Sullivan, que « ce doit être grand », et le film concrétise la citation par une contre-plongée vertigineuse.

Dans un mouvement de re-construction, la réalisatrice tisse un réseau de relations entre  documents, témoignages ou textes historiques. Le film constitue un essai de compréhension pluraliste d’une ville en perpétuelle mouvance, et vient nous dire quelque chose de l’instabilité des pouvoirs établis.

La lenteur de la recherche reposant sur l’observation se confond parfois avec la contemplation, et témoigne de la porosité de la frontière entre recherche scientifique et poésie. Cette construction minutieuse des plans s’accorde à la préciosité et au prestige passé des bâtiments tombés en désuétude. Et les mains gantées d’une archiviste présentent les images pour placer dans leur contexte original ces chef-d’oeuvre déchus, qui ont assis un temps la puissance des empires.

Un film presque chirurgical qui organise la réalité complexe d’une ville par la dissection de ses architectures, organes centraux dont la détérioration rend manifeste le hors-champ du film : l’ensemble des vies touchées et incontestablement transformées.

– Mathilde Nodenot et Charles Herby-Funfschilling

  • Prochaine projection : jeudi 21 à 18h45