Ici je vais pas mourir de Cécile Dumas et Edie Laconi

Le film est un huis-clos dans une salle de shoot, dans le nord de Paris. On est invité à y entrer par une petite porte dérobée. Quelques scènes de parole : une admission et deux utilisateurs de la salle qui s’emparent de la caméra pour parler, libérer leurs ressentiments. C’est ce que le film propose : être là, dans cette salle blanche, qui ressemble de loin à un hôpital, pour recueillir la parole de ces hommes, ces femmes, pris dans la drogue, souvent à la rue.

Un personnage collectif se dessine à travers la succession de visages qui font face à la caméra. L’honnêteté des réalisatrices est de ne pas privilégier le pathos des prises de parole. Chacun dit ce qu’il veut. A l’image de cet homme, englué dans la drogue, qui profite de la présence de la caméra pour faire une annonce à l’égard de son père qu’il est venu chercher en France, sans succès. Il parle mais c’est indéchiffrable. Un employé entre dans le champ, la caméra le suit le temps d’un panoramique pendant que le monologue continue. Mais la caméra revient vers ce fils perdu dans la capitale. Ce sont les histoires intimes et cette parole qui se trouvent au centre du film.

Et c’est bien ce qui rend ce film important : rendre compte de l’utilité d’une telle salle de shoot par la parole même de ses utilisateurs, c’est permettre de répliquer aux réticences extérieures représentées dans le film par un plan sur les balcons des immeubles d’en face, où des pancartes clament «  Non à la salle de shoot ! ». On mesure en effet l’absolue nécessité d’une telle salle, où la dépendance est traitée comme une maladie, sans jugement. Sans s’attarder sur le personnel soignant, la réalisatrice et le réalisateur, en instaurant une relation d’écoute attentionnée, participent le temps du tournage à cette zone de confort, où chacun peut venir libre, sans avoir la peur au ventre à cause d’une prise mal effectuée dans la rue.

Hugo Le Danvic-Santerre

  • Prochaine projection : mercredi 20 à 18h