Hamada de Eloy Domínguez Serén

Au milieu du désert du Sahara en Algérie, dans un environnement aride et rude, où l’on entend que le souffle du vent et le moteur de vieilles voitures, le jeune Sidahmed rêve de quitter le camp de réfugiés Sahraoui. Un par un, les jeunes désertent le camp et s’exilent vers l’Europe. Pour Sidahmed et ses amis Zaara et Taher qui sont restés, les jours se suivent et se ressemblent. 

Ils passent leurs journées à réparer des voitures qui ne les mènent nulle part, à discuter de changements politiques qui n’arrivent pas, à s’amuser tout en rêvant d’une vie meilleure. Contre la morosité du quotidien, ils usent du pouvoir de la créativité et de l’imagination pour dénoncer la réalité qui les entoure et pour se s’épanouir au-delà des frontières de ce territoire aride.

Le titre du film, Hamada, est un terme arabe qui signifie « vide » ou « inanimé ». Mais si les paysages sablonneux et désertiques du Sahara semblent être à l’image de ce titre, l’humour et l’enthousiasme des personnages viennent contredire la réalité du camp et des pressions quotidiennes vécues par les réfugiés Sahraoui. En particulier grâce à Zaara, jeune femme charismatique et amusante au caractère tenace, qui fait souffler un vent d’espoir et de liberté dans le camp. Contrairement à ses amis masculins, elle n’a pas l’intention de quitter le camp. Elle s’y adapte et s’y construit. Elle passe le plus clair de son temps à apprendre à conduire ou à chercher un emploi, malgré ses minces qualifications et son manque d’expérience. Zaara peut parfois sembler déconnectée de la réalité. Mais sous ses airs candides se cache une admirable persistance, qui porte ses fruits jusque dans les derniers moments du film.

Pendant ce temps, Sidahmed réussi sa quête et atteint l’Espagne, pour finalement découvrir que « tout y est horrible », insiste-t-il, lors d’une conversation par téléphone avec ses amis (le film ne quitte jamais le désert). Il semble manifestement trop habitué aux rythmes et à l’atmosphère particulière des camps Sahraouis.

Le réalisateur Galicien Eloy Domínguez Serén parvient à dresser un portrait fascinant de cette jeunesse Sahraouie en adoptant une approche effacée de ses sujets et si naturelle qu’il semble avoir atteint une sorte d’invisibilité. Le film conjugue des moments d’intimité rares auprès de ses personnages avec des observations sensibles du camp. 

Joséphine Van Glabeke

  • Prochaine projection : mardi 19 à 19h