David and the Kingdom de Brian Paccione et Woodrow Travers

Un homme « libre » dans son royaume : un coin de forêt pour sanctuaire, et Bull et Cow, les deux élans élus compagnons de vie. Jusque-là le film semble dépeindre le retour à l’animalité d’une âme désenchantée et déçue par un monde avec lequel elle ne trouve plus aucune résonance. 
Mais les motivations de David demeurent aussi impénétrables que les quelques rares regards et paroles qu’il accorde à la caméra. Ce n’est qu’à la suite de la mort de Bull et Cow que l’intime surgira, donnant au film toute sa noirceur tragique. Car si aujourd’hui David pleure ses élans, rien ne garantit qu’il leur aurait laissé la vie quelques années plus tôt, lorsqu’il était encore chasseur, comme le montre le montage sans concession d’une collection de photographies où il pose fièrement aux côtés de ses « trophées » de chasse. Et si ses larmes prennent un gout plus amer encore, c’est peut-être car elles précèdent le témoignage de Daniel, le fils humain de David, abandonné au profit de sa nouvelle famille. En refaisant surface, le passé, qui restait jusque-là hors champ, révèle ce que David ne parvenait à dire à la caméra.
Et désormais, une question : où situer David dans cette tragédie dont il est l’anti-héros autant qu’il en est l’auteur ? Si la caméra ne prend pas partie, David, lui, fait le choix de l’expiation, visible sur son visage sacrifié et offert aux piqûres d’insectes. Le film parvient à questionner les limites d’un certain esprit de repentance américain, prêt à tout pour se guérir du péché et laisse David dans la forêt, aux pieds des arbres – sa religion dit-il – et les seuls, peut-être, à pouvoir encore lui accorder le pardon et la vraie liberté.

Juliette Arradon

  • Projection samedi 23 à 16h50