Compte rendu de la Matinale : Une saison de documentaires en salle de cinéma : Quelles pratiques pour quels films?

Une saison de documentaires en salle de cinéma : Quelles pratiques pour quels films?

Ce mardi matin, à la Maison de la poésie, quatre programmateurs-trices de salle de cinéma étaient réunis autour de Régis Sauder, cinéaste et co-président de l’Acid, et Laurence Conan, chargée de développement à Documentaire sur grand écran. Vanessa Ode (CGR), Morgan Pokée (Le Concorde à la Roche-sur-Yon), Clémence
Renoux (Le Cigalon à Cucuron) et Emmanuel Vigne (Le Méliès à Port de Bouc) ont ainsi été amenés à parler des pratiques de programmation en salle du documentaire.

Tous ont, en premier lieu, noté l’importance de spécifier que selon les régions, la taille des établissements et les publics, ces pratiques pouvaient changer et qu’il était nécessaire de les adapter.
Cela dit quelques grandes tendances sont ressorties. Si le public est clairement en recherche de réel, il n’est pas toujours simple de les amener aux documentaires, même si, en termes de proposition, les cinémas sont submergés. Les plus attractifs restent encore les documentaires à « sujets » qui sont notamment portés par les
associations. Comme l’ont noté l’ensemble des panélistes, les associations ont un grand rôle de prescription auprès du public. Ce sont elles qui, régulièrement, contactent directement les cinémas pour voir des documentaires, proches de leurs combats, diffusés en salles. Une bonne chose car elles entrainent avec un public
acquis et permettent des débats. Mais cette pratique a aussi ses limites : le public n’étant souvent là que pour débattre du sujet, laissant l’aspect artistique un peu de côté. Et les films proposés par ces associations ne sont pas toujours qualitatifs comme le suggère Vanessa Ode et c’est au sri le rôle du programmateur de faire des
suggestions pour parer à cela. Cependant cela crée un « système » selon les termes d’Emmanuel Vigne : « Le cinéma devient un lieu d’événementiel. Cette logique des soirées est poussée à l’absurde et on en vient à créer une cinématographie à sujets, au risque d’oublier la forme ».

Le problème, comme l’a souligné Vanessa Ode, est que lorsqu’il s’agit de programmer des documentaires non soutenus par des associations, le public n’est pas toujours au rendez-vous. Elle a donné l’exemple de Cassandro The Exotico de Marie Losier qu’elle avait défendu mais qui n’a pas su rencontrer son public en salles, même en le couplant en d’autres comme Coby de Christian Sonderegger.

Alors que faire pour éviter une forme de « discrimination positive » du documentaire en salles? Plusieurs pistes ont été suggérées. Emmanuel Vigne dans son cinéma propose une résidence où un cinéaste s’immerge dans la ville, y prépare son nouveau film et a une carte blanche dans le cinéma. La proximité créée avec les
habitants-spectateurs entraine ainsi une attraction vers la salle.
L’idée d’une programmation décalée a aussi été suggérée par Morgan Pokée. Au lieu de laisser le documentaire sur une semaine et potentiellement le mettre en difficulté pour exister face au nombre croissant de sorties chaque semaine, l’idée est de le programmer sur plusieurs semaines à des rendez-vous fixes, laissant ainsi faire le bouche à oreille. Une approche appréciée par les autres programmateurs qui reconnaissent qu’il est cependant difficile d’anticiper tant à l’avance sa programmation. Et plutôt que d’employer le mot « évenementiel », il a suggéré de
parler d’ « expérience » comme ce fut le cas, notamment pour la projection d’un film comme Les âmes mortes de Wang Bing qui dure 9h. Par ailleurs, Vanessa Ode a insisté sur son propre combat de ne surtout pas traiter le documentaire différemment d’un film de fiction et d’éviter au maximum un traitement de ce cinéma sur une temporalité différente afin qu’il rentre davantage dans les moeurs.
Clémence Renoux a également évoqué la pratique de l’Acid-Pop, l’ »université populaire » mise en place par l’Acid. L’idée est ainsi de programmer cinq séances sur l’année où une rencontre entre un cinéaste de l’Acid et un réalisateur se déroule en amont de la projection. Cette dernière est ensuite suivie d’une discussion avec le
public. Dans son cinéma de Cucuron, elle ne le pratique qu’avec le documentaire et les résultats s’avèrent particulièrement positifs. De son côté, Emmanuel Vigne propose de coupler un documentaire avec un film de patrimoine, une sorte de double événementialisation des oeuvres, mais aussi de jouer avec les lieux alternatifs et de développer la connexion avec les autres arts. Il faut, selon lui,
profiter de cette énergie nouvelle, plus proche du jeune public, particulièrement dur à convaincre, échaudé notamment par les dispositifs scolaires au cinéma, peu adapté selon les programmateurs.

En conclusion, les quatre programmateurs ont confirmé leur fort intérêt pour le cinéma documentaire ainsi que leur rôle de défricheur pour apporter à leurs spectateurs de véritables découvertes.