Part One: Where There Is a Joyous Mood, There a Comrade Will Appear to Share a Glass of Wine de Rosalind Nashashibi

Ça commence par des images intimes, ça finit comme un mythe.

Également connue pour ses tableaux (lauréate du Turner Prize 2017), Rosalind Nasashibi nous emporte avec ce film d’une beauté glaçante dans une errance philosophique sur l’amour, jouée par des personnages qui en incarnent les formes les plus abstraites.
Un univers tendre et flottant s’offre à nous, où la désynchronisation quasi-constante du son et de l’image a pour effet de rendre à ces plans leur statut de hiéroglyphes purs. S’inspirant de la nouvelle d’Ursula Le Guin, The Shobie’s story, qui raconte l’histoire d’une bande de scientifiques voyageant à la vitesse de la lumière et perdant de ce fait leur « linéarité » — entendre ici leur référence temporelle commune, condition de leur capacité à communiquer —, les personnages du film semblent tous perdus dans un espace hors du temps malgré le bonheur doux qui s’en dégage.
La mélancolie s’y mêle d’une manière subtile et nous voici décontenancés par l’irruption de sentiments contradictoires. Que sert la beauté plastique de ce film ? Loin d’être uniquement dirigé vers un but esthétique, c’est une ode à la fragilité inscrivant dans chaque image la sensation d’une perte déjà présente, donnant au tout l’allure d’une prière destinée à la conjurer.

Sylvain Maino

  • Projection vendredi 22 à 14h15