BRISE-LAMES de Jérémy Perrin et Hélène Robert

Comment donner une image à des fantômes? Comment le territoire se transforme t-il après avoir été dévasté? Comment filmer un mur en construction? Comment entendre la voix de ceux qui ne sont pas tout à fait morts ? Comment rendre compte de l’émotion liée à la réalité des spectres du Tsunami?

Prenant pour point de départ l’article Ghost of the Tsunami de Richard Lloyd Parry, Jérémy Perrin et Hélène Robert ont essayé d’aller chercher cette émotion dans l’étrangeté des choses du quotidien, pour des gens qui réapprennent à vivre après la catastrophe.

Tournée cinq ans après l’évènement, Brise-Lames semble ouvrir une brèche, un espace intermédiaire où ce qui est à l’intérieur entre en relation avec ce qui est à l’extérieur et permet la possible rencontre de mondes qui coexistent. Il propose un espace poétique où les spectres des méduses remontent le long des troncs dans la forêt.

L’entre-deux semble être le fil qui tient liées dans un ensemble des situations éparses, qui entrent en relation et se répondent les unes aux autres.

Le vécu de personnages en transit dans des baraquements temporaires ou en cours de reconstruction de leur vie se mêle aux voix de l’au-delà à qui un moine zen, en position de médium, donne corps. Ces histoires se confrontent au personnage du mur, une construction, autant rationnelle qu’irrationnelle, mesurant parfois 14 mètres de haut, paradoxe d’une société qui entreprend de séparer la mer de la terre, alors même qu’elle a intégré les fantômes dans la vie.

Le film s’est fait au montage, par la recherche de ce que les images peuvent retenir d’étrangeté. Cette recherche esthétique de l’étrange et le travail sonore sur le spectral donne une voix à des fantômes qui n’ont pas encore trouvé leur place de morts.

Les réalisateurs opèrent une percée entre le visible et l’invisible et en offrent une image. Matériel et immatériel se confrontent et révèlent peut-être quelque chose de la nécessité d’un espace tiers dans la reconstruction, qu’il soit question de celle du territoire ou de celle des hommes.

Alors, dans le même mouvement, l’espace intermédiaire ouvert par le film est peut-être la position la plus juste face à l’émotion de ceux qui ont survécu.

Mathilde Nodenot

  • Projection vendredi 22 à 18h40