Palmarès du 42e Cinéma du réel

Malgré la crise sanitaire due au coronavirus, Cinéma du réel a décidé de maintenir son palmarès.

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY LONGS MÉTRAGES :

Le jury longs métrages, composé de Florian Caschera (musicien et compositeur dit Sing Sing), Stéphane Mercurio (cinéaste), Hania Mroué (directrice du cinéma Metropolis à Beyrouth), Terutaro Osanaï (producteur), Cristina Piccino (critique de cinéma et chef du service cinéma au journal Il Manifesto), a décerné les prix suivants :
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GRAND PRIX CINÉMA DU RÉEL
Doté par la Bibliothèque publique d’information (5 000 €) et la Procirep (3 000 €) et décerné à un long métrage issu des sélections internationale et française

EL AÑO DEL DESCUBRIMIENTO (The Year of the Discovery) de Luis López Carrasco
2020 / Espagne / 200’

Laudatum du jury :

Grande épopée de la parole dans l’Espagne d’après Franco et d’après la crise industrielle, où le même bar est filmé soir et matin comme arche de Noé ET tour de Babel , c’est un film-vitrail qui fait vaciller les temporalités,  une chorale dissonante mais toujours magnifiquement cadencée, une oeuvre patiente, généreuse, formellement admirable.
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PRIX INTERNATIONAL DE LA SCAM
Doté par la Scam (5 000 €) et décerné à un long métrage de la Sélection internationale

MAKONGO de Elvis Sabin Ngaibino
2020 / Centrafrique, Argentine, Italie / 72’

Laudatum du jury :

Le réalisateur a su nous toucher avec un film fort, simple. La profonde humanité de ses protagonistes, alliée à un travail cinématographique puissant et rigoureux nous ont impressionnés. Ce film tourné dans la forêt centrafricaine aborde des thématiques universelles avec finesse et complexité.

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PRIX DE L’INSTITUT FRANÇAIS – LOUIS MARCORELLES
Doté par l’Institut français (5 000 €) et décerné à un long métrage issu de la Sélection française

CHRONIQUE DE LA TERRE VOLÉE de Marie Dault
2020 / France / 89’

Laudatum du jury :

La belle énergie du film et de ses protagonistes nous embarque dans un quartier de Caracas avec une histoire d’une force rare. Cette figure de femme qui lutte contre l’adversité avec générosité et dignité est très belle. Le film touche à des enjeux complexes et universels, et il ouvre une brèche d’espoir avec une maitrise dans la narration. 

Mention spéciale à 

IL N’Y AURA PLUS DE NUIT de Eléonore Weber
2020 / France / 75’

Laudatum du jury :

Le Jury long métrages accorde une mention spéciale à Il n’y aura plus de nuit, d’Eléonore Weber, troublant documentaire dont le Noir est à la fois le sujet et la matière, la nuit un espace réversible et la guerre une durée avant tout. Oeuvre plastique impressionnante, le film fixe des vertiges et sème des doutes en lui comme le reflet des étoiles sur l’eau.
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PRIX DE LA MUSIQUE ORIGINALE
Doté par la Sacem (1 000 €) et décerné au compositeur d’un long métrage issu des sélections internationale et française

AN DA SHEALLADH (The Two Sights) de Joshua Bonnetta
2020 / Royaume-Uni, Canada / 88’

Laudatum du jury :

An Da Shealladh (The Two Sights) est le film  de Joshua Bonnetta, cinéaste et acousticien, dont la très belle partition abstraite, entre field recording, psaume et mélodie inquiète figure en soi tout un monde hanté (par la faune, les spectres et les phénomènes), à part égale avec les images.

Mention spéciale à 

BRING DOWN THE WALLS de Phil Collins
2020 / Allemagne, Etats-Unis / 87’

Laudatum du jury :

Le Jury long métrages accorde une mention spéciale à Bring Down the Walls, de Phil Collins,  dont la bande son fait là-encore partie intégrante du projet puisque les très réjouissants  standards  » House Music  » revisités qui la composent non seulement rythment intégralement le film mais constituent pour moitié sa fièvre, nourrissant son feu militant, retournant sa rhétorique en fête.

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY COURTS MÉTRAGES ET PREMIERS FILMS :

Le jury courts métrages & premiers films, composé de François Bonenfant (coordinateur pédagogique du Fresnoy), Miguel Dias (directeur du festival de court métrage Vila do Conde), Elena López Riera (cinéaste), a décerné les prix suivants :
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PRIX LORIDAN-IVENS / CNAP
Doté par CAPI Films (2 500 €) et le CNAP (4 000 €) et décerné à un premier film de plus de 50 minutes issu des sélections internationale et française

ONTEM HAVIA COISAS ESTRANHAS NO CÉU
(Yesterday There Were Strange Things in the Sky)
de Bruno Risas
2019 / Brésil / 110’

Laudatum du jury :

Pour l’observation d’une famille dans son quotidien, à la manière d’un home-movie, devenant le récit de la réalisation du film même, mettant en scène la représentation du vrai et du faux, de l’image documentaire et de son revers fictionnel, telle l’apparition inattendue de la fiction dans le film. En définitive, ce dont il s’agit ici, c’est d’un film poursuivant ces moments uniques où le cinéma peut se produire.

Mention spéciale à

EXPEDITION CONTENT de Ernst Karel, Veronika Kusumaryati
2020 / Etats-Unis / 78’

Laudatum du jury :

Pour l’extraordinaire travail d’exploration des archives et le brillant essai anthropologique et politique que ce film constitue. Le jury salue en outre l’approche radicale d’un langage cinématographique capable de conduire le spectateur dans un état d’immersion sensorielle où l’obscurité nous invite à découvrir les images manquantes.
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PRIX DU COURT MÉTRAGE
Doté par la Bibliothèque publique d’information (2 500 €) et décerné à un court métrage issu des sélections internationale et française

BACK TO 2069 de Elise Florenty, Marcel Türkowsky
2019 / Belgique, France, Allemagne/ 40’

ex aequo avec

DON’T RUSH de Elise Florenty, Marcel Türkowsky
2020 / Belgique, France, Allemagne / 53’

Laudatum du jury :

Pour leur exploration joueuse de toutes les possibilités du réel et leur singularité visionnaire, que ce soit par le détournement d’un jeu vidéo ou l’exploration en vase clos du caractère profondément humain et subversif du rebetiko. Le jury considère ces deux films comme les deux faces d’une même monnaie, articulant les différentes strates politiques et esthétiques d’un même territoire. Le passé mythique, les journaux intimes, ainsi que la possibilité d’un ailleurs, sont ici convoqués de manière étonnante et audacieuse. Ces deux films constituent un diptyque brillant qui nous invite à réfléchir au langage cinématographique contemporain.

Mention spéciale à

RESERVE de Gerard Ortín Castellví
2020 / Espagne / 27’

Laudatum du jury :

Cette mention est attribuée au film Reserve pour l’approche expérimentale de la représentation de la nature proposée par le film, son caractère ironique et troublant, et pour la réflexion sur les conséquences de l’action de l’homme lorsque celui-ci intervient sur la nature en la dominant.

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PRIX DU COURT MÉTRAGE TËNK
Doté par Tënk (500 € et achat de droits de diffusion SVOD sur la plateforme Tënk) et décerné à un court métrage issu des sélections internationale et française

THIS MEANS MORE de Nicolas Gourault
2019 / France / 22’

Laudatum du jury :

À partir d’un travail d’images d’archives et de synthèse autour de l’évolution de l’architecture des stades de football, ce film constitue une démarche à la fois esthétique, politique et sociale. Vision étonnante et dérangeante quant à l’évolution de la société elle-même, et à la façon dont nous nous relions les uns aux autres, ce film met en lumière la commercialisation croissante d’un spectacle qui finit par trahir ses origines ouvrières.

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY DES JEUNES :

PRIX DES JEUNES – CINÉMA DU RÉEL
Doté par Ciné+ (15 000€ sous la forme d’achat de droits) et décerné à un long métrage issu des sélections internationale et française, pour sa distribution en salle

Le jury des jeunes – Cinéma du réel, composé de Emeric Gallego, Savannah Garcia, Vincent Jondeau, Marvin Jouligneu, Julie Marechal, Angèle Meschin accompagnés par la cinéaste Catalina Vilar, a décerné son prix à : 

IL N’Y AURA PLUS DE NUIT de Eléonore Weber
2020 / France / 75’

Laudatum du jury :

Le choix n’a pas été facile. Tiraillés, bouleversés, intrigués par autant de films et de formes d’expressions différentes, nous avons finalement réussi à nous accorder sur ce film étrange, poétique et novateur : Il n’y aura plus de nuit. C’est une œuvre qui nous interroge constamment sur notre rapport au réel. Qu’est-ce que les images nous donnent à voir ? Quelles sont les réalités multiples qu’elles révèlent ?  En brisant l’objectivité prétendue des images de guerre, le film nous invite dans une expérience hypnotique. Il en ressort un curieux paradoxe : celui d’un accroissement toujours plus grand de notre vision qui altère finalement notre visibilité. Il n’y aura plus de nuit est un choc. Le film nous a noué à la gorge et nous en somme ressorti troublés. Eléonore Weber, en questionnant notre place de spectateur devant ces images, nous a semblé ainsi convoquer les puissances du cinéma face à cette guerre du « vu » et du « visible ». Nous avons choisi de lui décerner le prix du Jury Jeune car il nous a semblé que c’est un film à la fois beau et nécessaire, qui donne à voir une certaine réalité de la guerre et de ses horreurs, tout en nous immergeant dans l’expérience sensorielle et psychologique des pilotes et en nous mettant à leur place.

Laudatum de Catalina Vilar, accompagnatrice du jury des jeunes :

Ce marathon festivalier a été particulier, vous vous en doutez. Nous n’avons pu voir les films dans l’immersion magique de la salle, ce qui est bien sûr frustrant. Nous avons par contre tenu à nous réunir virtuellement et à les commenter longuement un par un. J’ai été saisie par le sérieux avec lequel chacun des membres de ce « jury jeune » s’est livré à l’exercice. Et par la générosité de leur regard. C’était vraiment enrichissant pour moi de partager ces discussions avec eux ; leurs sensibilités et leurs perceptions diverses mais de grandes exigences à la fois esthétiques, politiques et cinématographiques. 

 Ce confinement nous a rappelé à travers tous ces films que le monde d’avant était déjà malade. Mais les personnages qui se battent, se révoltent, se questionnent nous donnent de l’espoir. Tout autant que les cinéastes qui nous proposent par leurs films matière à réflexion. Plus que jamais, nous avons senti que l’art est précieux dans ce qu’il révèle du monde mais aussi dans la compagnie intime qu’il nous offre en ce moment singulier.    

 La délibération n’a pas été simple. Chaque film a trouvé pour ce jury sa raison d’être et sa pertinence.  Le choix s’est fait avec douleur, ils auraient voulu en primer davantage. Il fallait n’en garder qu’un, je leur laisse la parole pour qu’ils expriment leur choix. Catalina Vilar

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY DES BIBLIOTHÈQUES :

PRIX DES BIBLIOTHÈQUES
Doté par la Direction générale des médias et des industries culturelles du Ministère de la Culture (2 500 €) et décerné à un film de plus de 50 minutes issu de la sélection internationale. Il s’accompagne d’une proposition d’achat de droits par la Bibliothèque publique d’information, permettant au film d’intégrer le Catalogue national – Les Yeux Doc

Le jury des bibliothèques, composé de Thierry Barriaux (Bibliothèque Oskar Niemeyer du Havre), Catherine Geofroy (Bibliothèque municipale de la Goutte d’or à Paris), Alexia Pecolt (Médiathèque Boris Vian, à Tremblay en Seine-Saint-Denis) accompagnés de la cinéaste et productrice Marie Clémence Paes,
a décerné son prix à :

MAKONGO de Elvis Sabin Ngaibino
2020 / Centrafrique, Argentine, Italie / 72’

ex aequo avec

EL AÑO DEL DESCUBRIMIENTO (The Year of the Discovery) de Luis López Carrasco
2020 / Espagne / 200’

Laudatum du jury :

Dans un contexte de confinement et la situation actuelle globale plus que difficile, facteurs qui ont rendu les conditions de visionnage inédites et extrêmement compliquées, deux films sont ressortis par leur force cinématographique et l’humanité des histoires qu’ils nous invitent à partager.

Le prix du Jury des Bibliothèques de la 42e édition du Cinéma du Réel est décerné ainsi aux deux films suivants : 

Makongo, d’Elvis Sabin Ngaibino : par sa tendresse et son humour, ce film nous  permet de découvrir une réalité importante. Ouvrant un autre regard sur les Aka aujourd’hui, ce film aborde des complexes enjeux, dont la problématique universelle de l’éducation, participant d’une vision de l’Afrique sans surplomb ni condescendance. C’est pour toutes ces raisons qu’il a été choisi à l’unanimité pour le prix des bibliothèques. 

El año del descubrimiento, de Luis López Carrasco, qui par sa thématique précise aborde des sujets d’une actualité universelle à travers un geste cinématographique courageux. Captivant et bouleversant sans verser dans le pathos, le réalisateur arrive à explorer de façon nuancée un enchevêtrement d’histoires sur la résistance, la mémoire ouvrière et la solidarité, raison pour laquelle il été également choisi à l’unanimité pour le prix des bibliothèques.

AUTRES PRIX  :

PRIX DU PATRIMOINE DE L’IMMATÉRIEL
Décerné et doté par le département du Pilotage de la recherche et de la Politique scientifique, direction générale des Patrimoines du ministère de la Culture (2 500 €) à un film issu des sélections internationale et française

Laudatum du jury :

Une proposition délicate et incarnée sur la reprise de pratiques ancestrales et le sens que l’on peut y (re)trouver, avec le risque de la perte et de se perdre. Pour la viticulture comme pour la musique, la contribution à leur transmission, de génération en génération, donne à la micro-communauté formée par ces deux figures de passeurs, attachantes et complémentaires, Titou et Soledad, un sentiment de continuité et d’identité. Questionnant avec profondeur la nature même du patrimoine culturel immatériel, en somme, l’œuvre tire sa force d’une captivante singularité, bien en phase avec le propos.

L’ÂGE D’OR de Jean-Baptiste Alazard
2020 / France / 69’
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PRIX DES DÉTENUS DE LA MAISON D’ARRÊT DE BOIS-D’ARCY
Décerné par un jury de détenus et de personnes issues de la société civile à un court métrage issu des sélections internationale et française

THIS MEANS MORE de Nicolas Gourault
2019 / France / 22’

Laudatum du jury :

Nous décernons ce prix à un film à la fois politique et humain, dont les images et le sens peuvent être compris par tous. Ce film comporte une dimension pédagogique et porte sur un sujet intéressant : il nous rappelle que le football trouve ses origines dans la classe ouvrière.  

Les images de synthèse, qui dans d’autres contextes peuvent sembler froides, permettent au virtuel de se mettre ici au service du réel : elles mettent en valeur le témoignage et, par contraste, donnent davantage d’impact aux images en prises de vue réelles. Le récit de l’habitant de Liverpool, à la voix avec une voix touchante et vraie, évoque l’aspect humain des matches de football : nombreux sont ceux qui s’y rendent pour l’ambiance, l’envie de partager une énergie commune. Ce film est plein d’émotions et la question de l’évolution sociale des spectateurs est très intéressante : on touche ici au contexte politique de ce sport, à son inscription dans le capitalisme. This means more est une image de la société : on part de l’homme et on finit dans le business. C’est sur ce point en particulier que l’on ressent l’engagement personnel du réalisateur qui nous a proposé un film dont certaines images frappantes nous sont restées en mémoire.

« This means more » pourrait être une belle définition du documentaire de création : il y a toujours plus à voir et à comprendre qu’on ne le pense.

PRIX DU PUBLIC « PREMIÈRE FENÊTRE »  :

Doté par le CNC (sous la forme d’un achat de droits pour son intégration au catalogue du CNC Images de la Culture ainsi que d’une bourse de résidence CNC Talent) et décerné par les lecteurs de Mediapart à l’un des films de la sélection Première fenêtre

MARIA K. de Juan Francisco González
2019 / France / 34′

Depuis l’an dernier une nouvelle section « Première fenêtre » regroupe des premiers gestes documentaires, premiers essais, tâtonnants et fragiles de jeunes cinéastes émergents. Mais gestes audacieux, pleins de promesse.  Les films ont été sélectionnés par un groupe d’étudiantes et d’étudiants en association avec le comité de sélection et la direction artistique du festival. Ils ont été visionnés en ligne sur le site de Mediapart où les internautes ont pu voter pour leur film préféré.