ParisDOC Forum public 2020

Forum des images
Forum des halles, 2 rue du cinéma, 75001 Paris

Pour des États Généraux du cinéma indépendant et de la diversité

A tous ceux qui aiment le cinéma. 

Nous souhaitons réaffirmer l’importance de l’indépendance et de la diversité du cinéma dans notre société, comme acteurs du renouvellement créatif, maillons économiques essentiels et vecteurs du vivre-ensemble sur notre territoire.

Aujourd’hui, dans le cinéma comme ailleurs, des modèles historiquement conçus pour corriger les inégalités sont mis à mal par des choix politiques qui peuvent à plus ou moins long terme, avoir des effets destructeurs. Chaque jour, nous sentons ce poids peser sur le cinéma que nous défendons, aimons et représentons : le cinéma indépendant.

Ainsi, nous avons l’ambition de réunir nos forces, de mutualiser nos savoirs afin de rappeler à tous ceux qui jouent un rôle, de près ou de loin, dans l’instauration des politiques culturelles publiques,  combien il faut protéger et renforcer le modèle qui a donné au cinéma français la vitalité que le monde lui envie. Ensemble, nous souhaitons revenir sur un certain nombre de contre-vérités pour mieux affronter les enjeux actuels, les dangers d’une concurrence mondialisée et d’une concentration qui menace chaque jour l’accès du plus grand nombre aux œuvres, dans toute leur diversité

A l’heure où le CNC entreprend une revue générale de ses aides, nous sommes là pour préserver le cinéma comme bien commun qui contribue, par la diversité de ses manifestations et de ses expressions, à la multiplicité des regards qu’il nous permet de porter sur le monde.

Dans le monde entier, les cinéastes, les critiques, l’industrie, les spectateurs, reconnaissent à l’indépendance du secteur, permise par le modèle français, sa capacité à faire émerger des jeunes créateurs, des formes inventives, des récits singuliers, en France et à l’international. L’accès de chacun.e à cette extraordinaire diversité de la production cinématographique, française comme mondiale, repose ensuite sur l’engagement des distributeurs indépendants et sur un réseau de salles et acteurs culturels sans équivalent, qui maille l’ensemble du territoire.

Ce système qui fait l’exception culturelle française, permet ainsi à tous les acteurs de l’indépendance de prendre des risques, d’oser inventer, à rebours des attentes du marché et des techniques de marketing prédictives ou algorithmiques qui orientent, avant de le réduire, le choix du public. 

Nous souhaitons une évolution de notre modèle. Penser des ajustements, mais sans trahir la philosophie fondatrice qui en fait sa force. 90% des œuvres sont produites, en France par des indépendants, dont l’existence est largement possible grâce au soutien majeur du CNC. 

Au-delà du CNC, ce modèle engage tous ceux qui fabriquent et diffusent les films. Le cinéma indépendant, ce sont aussi des dizaines de milliers d’emplois, directs et indirects sur l’ensemble du territoire. C’est tout un tissu dynamique de professionnels qui contribuent à imaginer, fabriquer, produire, distribuer ces films que les spectateurs peuvent ensuite découvrir, dans les festivals, les salles de cinéma puis sur d’autres supports. Ce sont aussi des passeurs passionnés qui forment les publics et donc les citoyens de demain, dans une démarche engagée et ambitieuse.

Ainsi, il n’y aura jamais trop de films pour exister face aux productions industrielles qui cherchent à coloniser nos imaginaires. 

Telle est la perspective dans laquelle nous nous réunissons : dans le prolongement du mouvement qui fut aux origines du Ministère de la Culture, à savoir maintenir vivante la culture comme instrument de fondation et d’élaboration de la communauté. 

Nous souhaitons que le gouvernement et les parlementaires, et en premier lieu le CNC, prennent les responsabilités qui sont les leurs, et jouent leur rôle de régulateurs et de défenseurs de la liberté de création et de la diversité culturelle. 

Pour des États Généraux du cinéma indépendant et de la diversité, rassemblons-nous contre l’uniformisation de la pensée et pour le renouvellement des imaginaires collectifs et créatifs de demain. En somme, pour continuer à inventer le monde dans lequel nous voulons vivre.

Forum préparé par : ACID, AFCAE, DIRE, GNCR, SCARE, SDI, SPI, SRF

PROGRAMME DE LA JOURNEE :

Que signifie être un indépendant aujourd’hui et travailler la diversité du cinéma au quotidien ? Qu’est-ce qui permet de continuer…ou pas ?

9h30 : Introduction par Catherine Bizern, Déléguée générale de Cinéma du réel

Les deux tables rondes du matin sont modérées par Régis Sauder, cinéaste et co-président de l’association Les Amis du réel

9h30-10h45 
TABLE RONDE 1 : Histoires de publics 
Intervenants : Emilie Brisavoine (cinéaste), Juliette Grimont (programmatrice La Baleine et le Gyptis à Marseille), 1 Youtubeur, Elisabeth Perlié (distributrice New Story), Justine Vignal (Jeune Ambassadrice L’Acid), Sophie Mirouze (déléguée générale et directrice artistique du Festival La Rochelle Cinéma)
Quels sont donc ces publics dont on prétend qu’ils désertent le cinéma indépendant ? Quel est le rapport des jeunes à la salle de cinéma ? N’y a-t-il pas simplement aujourd’hui d’autres manières d’intéresser puis de fidéliser les publics au cinéma d’auteur ? Quelles sont les conditions pour y parvenir ? Programmateurs, prescripteurs, spectateurs et cinéastes engagés auprès des publics viennent livrer leurs récits. 

11h-12h15  
TABLE RONDE 2 : Main basse sur la ville 
Intervenants : Mariana Otero, Catherine Corsini (cinéastes), Stéphane Libs (directeur des cinémas Star à Strasbourg), Elise Mignot (directrice du Café des Images), Etienne Ollagnier (distributeur Jour2fête), Anaïs Lebrun (chargée des acquisitions à Mubi)
Pour que les spectateurs regardent le cinéma indépendant, encore faut-il que les films soient visibles. Or, malgré des records de fréquentation des salles de cinéma, cette visibilité est mise à mal par une concentration grandissante de la distribution et de l’exploitation. Comment résister à la colonisation des imaginaires ? Cinéphilie et diversité : quelle place complémentaire pour les acteurs du numérique ?  

12h15 – 12h45 : débat avec la salle 

12h45 : Conclusion d’Anne Bellon (politiste, spécialiste des politiques et de la régulation numériques)

14h00-15h45
TABLE RONDE 3 : Bouge pas meurs, ressuscite 

Modération : Edouard Mauriat (producteur Mille et une productions)
Intervenants : Said Ben Said (producteur SBS Films), Bertrand Bonello et Clément Schneider (cinéastes), Alain Le Diberder (économiste), Aurore Bergé (députée, rapporteure de la loi sur l’audiovisuel)
À l’heure de l’élaboration du projet de loi sur l’audiovisuel et du développement des plateformes, comment comprendre le rôle central du producteur délégué dans le processus créatif des indépendants ?  A l’initiative de l’œuvre, sa prise de risque est déterminante pour faire émerger des créateurs, des œuvres uniques, des films qui « comptent » et nourrissent le cinéma tout entier. Comment préserver l’indépendance du producteur et sa liberté de création, garante de la diversité des films et de leur rayonnement dans le monde ?   

16h-17h15
TABLE RONDE 4 : La solitude du coureur de fond 
Modération : Julie Paratian (productrice Sister productions, co-présidente des Amis du réel)
Intervenants : Olivier Babinet, Lucie Borleteau, Emmanuel Gras (cinéastes), Maud Ameline, Pierre Chosson (scénaristes), Elisabeth Perez (productrice Chaz productions)
L’indépendance, c’est aussi celle de l’esprit des auteurs créateurs. Quand le formatage du marché guette, quand la précarité des auteurs est une réalité, comment tenir bon et ne pas céder sur ce qui fait la singularité des projets que les cinéastes, jeunes ou plus confirmés, portent ? En somme, quel est le prix de la liberté des auteurs, condition nécessaire du renouvellement du cinéma français ?

17h15 – 17h45 Débat avec la salle

17h45 Conclusion